L’alcool, un adjuvant essentiel dans l’évolution de l’humanité ?

De toutes les activités humaines déclenchant la production d’endorphines, la consommation d’alcool serait le moyen le plus effectif, selon un article, publié dans la section Life & Arts du Financial Times d’un récent weekend, du psychologue de l’évolution et anthropologue Robin Dunbar. Ce spécialiste du comportement des primates est connu pour avoir formulé le « nombre de Dunbar », 148, une mesure de la « limite cognitive du nombre de personnes avec lesquelles un individu peut avoir des relations stables. »

Pourquoi les humains boivent-ils de l’alcool alors que pour un certain nombre d’entre eux l’habitude conduit à la ruine sociale ?

« Comme les singes et humanoïdes, explique le chef du groupe de recherche en neuroscience évolutive et sociale du département de psychologie expérimentale de l’Université d’Oxford dans son article, l’humain est un être intensément social. Nous éprouvons un besoin pressant de fraterniser et sommes conscients que l’alcool nous y aide. »

Les amitiés nous protègent contre les menaces extérieures et les tensions internes et elles ont constitué un élément clef de l’évolution de l’espèce. Chez les primates déjà, au contraire de la plupart des autres animaux, le fait de tisser des liens contribuait à la cohésion sociale. C’est un rôle que remplit notamment le fait de boire un verre entre d’amis.

Ce n’est pas seulement parce que l’alcool supprime les inhibitions sociales mais aussi parce qu’il déclenche le mécanisme cérébral de production d’endorphines, ce neuropeptide opioïde endogène connu des joggeurs, un neurotransmetteur produit par le corps, qui procure une sensation de bien-être et qui a aussi un effet analgésique. Bref, l’alcool produit une douce euphorie qui permet à l’être humain de s’ouvrir à autrui suivant ce proverbe hérité de la sagesse antique, « in vino veritas ».

Des nombreuses activités humaines qui produisent des endorphines (outre le jogging, il y aussi le rire, le chant, la danse, etc.), le fait de consommer de l’alcool semblerait l’une des plus efficaces, la preuve (a contrario) en étant le recours à la naltrexone, un inhibiteur utilisé à l’origine pour traiter les toxicomanies aux opiacés, dans le traitement de l’alcoolisme chronique.

En fait, les humains auraient avec l’alcool une longue association qui remonte à la préhistoire. Des résidus de fermentation ont été retrouvés dans des vases d’argile chinois remontant à plus de 8.000 ans par des archéologues. Un point de vue émerge parmi certains que la véritable raison de cultiver le blé et l’orge au Néolithique n’était pas de faire du pain (comme on le croyait) mais de préparer un gruau qui pouvait être fermenté.

Ce point de vue se fonde sur la constatation que les céréales cultivées à l’époque au Proche-Orient (comme l’épeautre) donnaient un pain très quelconque, par contre un excellent gruau susceptible de fort bien fermenter. (Le Néolithique débute au Proche-Orient dans le Croissant fertile vers 9.000 ans avant J.-C. Il atteint l’Europe vers 7.000 ans avant J.-C. et prend fin à partir de 3.300 ans avant J.-C. avec la généralisation de la métallurgie du bronze et l’invention de l’écriture. Source : Wikipedia)

« Si vous aviez le choix entre manger du pain insipide et spongieux et boire un bon verre de bière, hésiteriez-vous ? », demande Robin Dunbar. Si la production brassicole remonte au Néolithique, la consommation des fruits fermentant naturellement remonte sans doute à beaucoup plus loin encore. En effet, les éléphants tant en Afrique méridionale qu’en Asie montrent un penchant pour les fruits fermentés dont la consommation peut les plonger dans les vapes.

Relevant notamment une prédilection semblable chez les chimpanzés d’Afrique occidentale pour le vin de palme que les paysans laissaient fermenter dans les arbres, des primatologues ont formulé l’hypothèse que nous partagerions avec les singes une modification génétique qui daterait d’il y a 12 millions d’années et qui nous permet d’assimiler l’alcool dans les fruits trop mûrs.

Si ce n’est le cas pour les éléphants et les chimpanzés, pour les humains, en tout cas, l’alcool tient un rôle dans la fête et la fête est essentiellement une manifestation sociale, source d’amitiés et donc de bienfaits cachés puisqu’il est désormais avéré que les amitiés suscitent une meilleure résistance aux aléas de la vie, un surcroît de bonheur et de santé et une plus grande longévité.

Retenez néanmoins que le jogging vous procure aussi des endorphines avec les mêmes bienfaits et que pour toute activité d’ordre biologique l’excès est à proscrire. Pour rappel, le nombre de Dunbar est de 148. Il n’est toutefois pas précisé si ce nombre s’applique également à celui de vos amis sur Facebook.

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  1. L’alcool, un adjuvant essentiel dans l’évolution de l’humanité ? | Contrepoints - 29 août 2018

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