« Au revoir les enfants » : L’histoire vraie du Père Jacques (Camille de Prévaux et Jean Trolley)

« Au revoir les enfants » est le titre d’un film réalisé par Louis Malle en 1987. Il relate l’histoire romancée, vue par un collégien, du Père Jacques de Jésus, prêtre résistant qui a caché des enfants juifs dans le collège qu’il dirigeait. Le film remporta le Lion d’Or à la Mostra de Venise, la même année. Nommé deux fois aux Oscar, il obtint en 1988 sept César dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

C’est désormais aussi le titre d’un roman graphique de Jean Trolley (dessinateur) et de Camille de Prévaux (scénariste), un roman qui reprend l’histoire vraie du Père Jacques, prêtre, déporté, et Juste parmi les Nations, ayant inspiré le film en partie autobiographique de Louis Malle (ce dernier était élève au collège d’Avon lorsque se sont produits les faits).

Le roman graphique sur le Père Jacques se présente sous la forme d’une enquête que mène, dans les années 50, le seul personnage fictif du récit, Hubert Bonnafous, reporter au « Non-conformiste » de Paris. Il débute au Musée de l’Homme, Palais de Chaillot, en 1958. Une journaliste prie le directeur du musée de lui donner « la définition de l’homme ». Les rires fusent. Hubert Bonnafous les interrompt pour demander au directeur, Roger Heim, s’il se souvient du Père Jacques. Comment pourrait-il l’avoir oublié ? « Ah… C’était un homme. »

Aux deux pages suivantes, l’on plonge en 1944, dans la baraque de l’infirmerie du camp de Gusen-Mauthausen. Le Père Jacques s’y consacre jour et nuit aux autres prisonniers, et notamment à un Roger Heim, « déjà à l’état de cadavre », qu’il lave, soigne, à qui il donne sa propre ration de pain et dont il sauve la vie. « Il a vu en moi un homme. Pas une bête. »

Le scénario retrace la vie exceptionnelle de Lucien Bunel, Père Jacques en religion, depuis sa prime adolescence, quand naît sa vocation, jusqu’aux confins de l’horreur, à laquelle il ne survivra que peu de temps, s’éteignant d’épuisement à Linz, en Autriche, un mois après la libération du camp dans lequel il était interné.

Né en 1900, Lucien Bunel était, selon ses condisciples du Grand Séminaire, « un risque à tout, fait pour les abîmes ou les sommets, brouillé avec la vertu prudence… » Après qu’il ait créé, le premier de sa région, des colonies de vacances pour enfants défavorisés, nous suivons l’éducateur hors pair, l’orateur au franc parler, cette personnalité complexe et si singulière, qui ne s’accorde aucune rémission, au Havre, puis au couvent des Carmes Déchaux à Lille, ensuite au collège d’Avon.

C’est là que l’existence du Père Jacques prendra un tour héroïque et tragique. Il accueille un professeur et trois élèves juifs, au vu et au su des autres élèves, auxquels il accorde la confiance de leur demander le secret. « J’en appelle à chacun de vous pour garder le silence et ne jamais en parler autour de vous. » Entre-temps, le moine est entré dans un réseau de résistance. Il y suit son supérieur, le Père Louis de la Trinité, futur amiral Thierry d’Argenlieu, et il y entraînera deux de ses frères carmes, André et Philippe, son grand ami.

Le Père Jacques sera trahi. Lui ainsi que le professeur et les enfants juifs qu’il cachait, seront arrêtés et déportés. Ils ne reviendront plus jamais en France.

Le Père Philippe écrira un livre sur le Père Jacques dans l’après-guerre. Ce livre constitue la source principale à laquelle a puisé la scénariste du roman, même si, Française d’origine polonaise, Camille de Prévaux s’est rendue en Pologne pour retrouver les traces de prisonniers polonais que le Père Jacques avait fréquentés au camp de Mauthausen.

Il est un proverbe polonais : « Quand la guerre commence, l’enfer s’ouvre. » Ce livre en est un poignant témoignage, ce 11 novembre, l’occasion de s’en souvenir.

Au revoir les enfants, La véritable histoire du Père Jacques, Prêtre, déporté, Juste parmi les Nations, Jean Trolley et Camille de Prévaux, roman graphique de 136 pages, Editions du Rocher.

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