My own take on Brexit

Pendant plus d’un quart de siècle, mes activités professionnelles et la filiale que j’y avais fondée de mon entreprise belge m’ont amené à parcourir des milliers de kilomètres au Royaume-Uni.

Il ne s’agissait pas uniquement de discourir dans la City de Londres ou sur les campus universitaires d’Oxbridge, d’assister, un verre de Pimm’s à la main, aux régates à l’aviron de Henley sur la Tamise, au concours hippique royal d’Ascot ou au tournoi de Wimbledon, mais de visiter les tréfonds des Midlands d’est en ouest, les riantes banlieues de Manchester et de Liverpool, les zones d’activités dans les verdoyantes campagnes du Yorkshire et d’autres lieux hauts en couleur où l’on se sert de conteneurs de 40 pieds pour entreposer ses marchandises, car ils sont plus faciles à sécuriser que les bâtiments eux-mêmes, et où l’on conseille de garer votre véhicule immatriculé à l’étranger le plus près possible de l’entrée du bâtiment afin que vous le retrouviez intact à la fin de la réunion.

Il ne s’agissait pas de ne parcourir que l’Angleterre. L’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord figuraient aussi au programme de ces périples au Royaume-Uni. Ah ! Le charme de Glasgow, quand le vent du Nord descendait des lochs et remontait la Clyde pour vous transir jusqu’aux os ! Ah ! La baie de Cardiff, quand les brumes se dissipaient pour vous la laisser entr’apercevoir ! Ah ! Belfast, pro tanto quid retribuamus ? (C’est la devise latine de la ville. Que ne rendrions-nous pour tant de bienfaits ? La traduction est de votre serviteur.)

Quand la Reine d’Angleterre confirma la promesse électorale de David Cameron, Premier ministre, d’organiser un nouveau référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne dans son discours du Trône du 27 mai 2015, je me doutais que la messe était dite, car le « non » était à la mode et l’« Europe » ne l’était plus, si elle l’y avait jamais été. A la fin de 2015, je pris la décision de « brexiter » le Royaume-Uni avant l’heure.

Ce Brexit avant l’heure se justifia aussi par le fait qu’entre-temps, à la suite des attentats de Paris en novembre 2015, la France renforça ses contrôles aux frontières, ce qui provoquait des bouchons de plusieurs dizaines de kilomètres sur l’autoroute M20 en direction de Folkestone avant de pouvoir y emprunter les navettes sous la Manche et ce qui donnait un avant-goût de ce que serait l’après-Brexit.

Cracking the code of the British

Les Anglais ne manquent pas d’humour, ni d’esprit d’auto-dérision. Dans ses éditions des 4 et 5 août derniers, le Financial Times publiait, sous le titre « How I cracked the code of the British », l’article de l’un de ses rédacteurs, Robert Armstrong, sur le point de retourner aux Etats-Unis après plusieurs années passées au Royaume-Uni au terme desquelles cet Américain estimait être parvenu à percer le code des Britanniques.

« Se confondre en généralités à propos des Britanniques est hasardeux », prévient-il d’entrée. « Lors d’un déjeuner, j’ai demandé à deux amis, l’un de Manchester, l’autre du Yorkshire, combien d’accents existaient sur les îles Britanniques et, au bout de quelques minutes, ils en avaient dénombré treize. » Qu’est-ce qui peut bien unifier un royaume qui agglomère treize façons différentes de parler – voire plus ! – sur un territoire dont la superficie ne représente qu’un tiers de celle de l’Etat du Texas ?

L’hypothèse que formule le journaliste du grand quotidien financier est que les Britanniques sont en général des emmerdeurs (« British are a pain in the arse »). Il ne le conçoit pas comme une insulte, au contraire, ni comme un cliché. Ce n’est pas non plus une hypothèse à caractère scientifique, bien sûr, mais c’est un constat basé sur cinq ans d’observation. « Les habitants de ces îles, dit-il, n’aiment pas qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire. Ils sont butés, intraitables et arrogants. »

Ajoutez-y que les Anglais n’ont pas la réputation d’être des « straight shooters » (d’aller droit au but) et qu’ils sont indisciplinés. Ils acquiescent, mais ils n’en pensent pas moins et continuent à agir à leur guise. Selon Robert Armstrong, cette attitude se reflète dans leur forme d’humour, non ironique mais subversif, manière de dégonfler toute prétention d’exercer la moindre autorité sur eux. La phrase de quatre mots, sorte de refrain national, qui saisit le mieux ce trait subversif, anti-autoritaire, indolent chez les Anglais, c’est : « I can’t be arsed », « je n’en ai rien à f… » en quelque sorte.

Et, cette complexité culturelle éclaire sans doute, mieux que toute considération d’ordre économique, institutionnel ou autre, le Brexit, l’impréparation du gouvernement de Londres, les retournements de veste et le va-et-vient des ministres de Madame May, qu’ils soient « hard brexiters », « soft brexiters » ou « remainers » : « they can’t be arsed », « ils n’en ont rien à f… ».

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