Climatisme : pourquoi l’exemple américain devrait nous inspirer

Rien n’égale la puissance de l’idéologie. Quand certains individus — du type le plus répandu — ont donné leur aval à une idée, ou une théorie, à court terme rien, absolument rien ni personne ne peut les en détourner.

Ainsi le communisme a-t-il bénéficié de l’assentiment de générations d’intellectuels après qu’il eut été réfuté et après qu’il eut causé la mort de millions d’innocents.

Aujourd’hui, nous avons l’idéologie du “climatisme”, sans conteste le plus formidable dispositif idéologique de ce début de XXIe siècle.

D’une phrase, le climatisme est la théorie selon laquelle l’homme est responsable d’un réchauffement climatique par ses émissions de gaz à effet de serre et que, pour y remédier, nous devons opter massivement pour des énergies renouvelables-intermittentes. L’Accord de Paris repose sur cette idée et prévoit que la charge de la réduction de ces gaz, jusque 2030, reposera intégralement sur l’Occident — la Chine, l’Inde ayant la possibilité de continuer à augmenter leurs émissions. De plus, l’Occident doit mettre en place un mécanisme de transfert de 100 milliards par an à destination des pays “pauvres” pour favoriser l’essor de ces mêmes énergies renouvelables.

Le fondement de cette idéologie, ce sont les travaux du groupe intergouvernemental de l’ONU sur le climat, le GIEC. Dès 2010, je montrais dans un ouvrage publié en français et anglais (Le GIEC est mort, vive la science) que ce groupe n’a rien de scientifique et qu’il est tout intégralement politique (comme son nom l’indique). Aucun de mes arguments — composition, compétences, fonctionnement du GIEC — n’a jamais été réfuté mais la faribole GIEC=science n’en a pas moins continué à prospérer. Or, c’est toute l’idéologie du climatisme qui est construite sur son fondement.

Sur cette base, s’est développé un nouveau secteur économique, celui des énergies renouvelables-intermittentes. Ce secteur est non rentable économiquement et ne survit, dans toute son immensité planétaire, que par la grâce de la subvention publique. (S’il en allait autrement nous n’aurions besoin ni du GIEC ni de l’Accord de Paris car tous les opérateurs économiques opteraient naturellement pour la source d’énergie la moins onéreuse). Qu’on lui ôte la subvention, il s’effondre. Raison pour laquelle les grandes entreprises actives dans le domaine de l’énergie sont parmi les plus fervents partisans de l’idéologie du climat et de l’Accord de Paris. C’est la définition même du “crony capitalism”, ou capitalisme de copinage.

L’Accord de Paris rajoute un chapeau au dispositif, en pénalisant drastiquement l’Occident, tout en laissant libre la bride au reste de la planète — rappellons que la Chine est la première économie mondiale — et prévoyant le transfert de sommes sans précédent dans l’histoire universelle, de l’Occident vers le reste du monde. Soit la réinvention de l’idéologie tiersmondiste, mais cette fois au nom de la science !

Le grain de sable venu gripper cette formidable mécanique d’envergure dantesque n’est pas tant Donald Trump que la démocratie américaine. Car, on l’oublie, le “climato-scepticisme” ne date pas, aux Etats-Unis de Trump, il était la position officielle du parti républicain avant même que Trump n’annonce, en juin 2015, sa candidature à l’investiture républicaine. Les parlementaires américains ont fait leur travail, auditionnant des “experts” prétendus du climat et les mettant publiquement en face de leurs contradictions. Ce qui a miné la confiance du public américain dans la prétendue “science intergouvernementale” — une contradiction dans les termes — du climat, pour finalement conduire aux conséquences que l’on sait.

Que fera l’Europe ? Tout à leur conception moralisatrice de la politique et leur sentiment de supériorité, il est à craindre que les “élites” politiques, aussi bien de l’UE que de la plupart des Etats membres, ne se cabrent et ne se radicalisent. On annonce déjà un nouveau partenariat “vert” entre la Chine et l’UE, qui renforcerait encore les engagements souscrits par l’UE au terme de l’Accord de Paris. Nul doute que les Chinois se montreront enchantés, car ils renforceront le désavantage compétitif de l’Europe, accroîtront leur marché européen pour les énergies renouvelables et matériaux y liés, tout en continuant tranquillement à augmenter jusque 2030 leurs émissions de gaz à effet de serre… Un enfant comprendrait l’enthousiasme chinois.

Bien sûr, le conte pour enfants ne s’arrêtera pas là. Car si les Etats-Unis continuent — ce qu’ils ont déjà fait de belle manière avec la révolution du fracking — de diminuer le coût de l’énergie, tandis que l’Europe persiste à l’obérer, celle-ci se videra de sa substance économique. L’UE sera de plus en plus odieuse à ses citoyens, et la révolte finira par se généraliser, probablement sous l’impulsion des pays d’Europe de l’Est.

Car s’il est vrai que les idéologies disposent d’une force inouïe, elles finissent par mourir quand elles insultent la réalité.

* * *

Drieu Godefridi est Docteur en philosophie (Sorbonne – Paris IV), juriste (UCL – ULB) et l’auteur de différents essais dont un sur le GIEC, Le GIEC est mort : Vive la science !, publié par Texquis à Bruxelles. Son prochain essai, La passion de l’égalité — Essai sur la civilisation socialiste est à paraître bientôt.

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