Le droit de grève, objet d’abus intolérables en Belgique

La mort de deux personnes, l’une dont le chirurgien devant l’opérer d’urgence était bloqué dans les bouchons, l’autre qui ne put être secourue à temps et succomba d’un infarctus sur l’autoroute E25 à la suite du blocus complet instauré par le syndicat socialiste à grand renfort de palettes et de pneus en feu à hauteur du lieu-dit mal nommé (pour les deux victimes) de Bonne-Fortune dans la province de Liège le 19 octobre dernier ainsi que les actes de sabotage commis le même jour ont remis à la une la question la légitimité des syndicats en Belgique et de telles actions que le journal flamand De Standaard condamna sans ambages et La Libre Belgique qualifia de délinquance en vareuse rouge en invitant le gouvernement à prendre ses responsabilités devant un tel mépris pour les principes fondamentaux du droit : liberté de l’individu, liberté de travailler, liberté de circuler, droit à l’intégrité corporelle. « La violence est la négation de toute idée de droit et il n’existe aucune norme ni convention internationale qui permette de soutenir qu’un seul de ces actes relève du droit de grève », ajoutait le journal francophone belge.

Dans Syndicats, sa remarquable enquête sur « le plus puissant lobby du pays » publiée en 2013 à la Renaissance du Livre, le sénateur belge Alain Destexhe, médecin et diplômé de Sciences-Po, relevait que les syndicats belges constituent un véritable « cinquième pouvoir », très influent dans l’appareil exécutif, législatif et judiciaire de l’Etat belge ainsi que dans la vie politique, économique et sociale belge, tout en restant opaque dès lors que, contrairement à la France, à l’Allemagne ou au Royaume Uni, ils refusent la personnalité juridique et jouissent d’un statut totalement exorbitant du droit commun.

Cela paraît d’autant plus inouï pour le sens commun que les syndicats belges se sont vu confier par les pouvoirs publics le paiement des indemnités de chômage pour un montant qui s’élevait en 2011 à 7,356 milliards d’euros moyennant un subside de fonctionnement de 165 millions d’euros. Faut-il donc s’étonner de ce que les syndicats belges comptent un grand nombre de chômeurs parmi leurs affiliés ? Faut-il encore s’étonner de ce qu’ils préfèrent attiser la haine sociale, semer la chienlit et bloquer la vie économique plutôt que contribuer à une reprise qui les priverait d’une partie de leur clientèle et de leurs revenus ?

Non contents de leur rôle au niveau politique et social, les syndicats interviennent aussi dans la vie publique belge en tant qu’agent économique, soit au travers de multiples ramifications financières, soit par la voie du conseil. Avec plus de 2000 actions dans le seul arrondissement judiciaire dont fait partie Bruxelles, constate l’enquête dont question, le syndicat socialiste en constitue de fait le plus grand cabinet juridique et la tentation est grande d’en étendre les causes à l’infini sous couvert de pan-syndicalisme !

L’influence considérable et l’omniprésence des syndicats dans la vie publique ne s’accompagnent pas de transparence et de responsabilité. Loin s’en faut ! Tandis que les autres acteurs publics et privés ont été obligés de se conformer à des règles de plus en plus contraignantes et que les « affaires », pratiques frauduleuses et détournements de fonds, n’ont pas épargné les syndicats, ces derniers en sont restés à des agissements d’un autre âge que ce soit dans leur fonctionnement ou dans leur financement et entretiennent la totale opacité sur l’étendue et l’utilisation de leurs recettes estimées par l’enquête à 625 millions d’euros, preuve supplémentaire s’il en fallait de leur omnipotence en Belgique. Quel est le salaire du secrétaire général du syndicat socialiste ou du patron du syndicat chrétien ainsi que des autres pontes des syndicats ? A quelles fins ces derniers utilisent-ils précisément leurs énormes recettes? Leurs affiliés, l’Etat, les autres acteurs de la vie publique n’ont-ils pas le droit de savoir ?

L’abus du droit de grève (prise en otage des usagers des services publics, séquestration de cadres des entreprises à l’occasion d’un conflit social, destruction de biens matériels appartenant à autrui) n’est finalement qu’une manifestation de plus de ce que les syndicats, qui ne cessent d’invoquer la loi à l’appui de leurs actions, se considèrent de plus en plus comme au-dessus des lois, faisait remarquer Alain Destexhe. « Le droit de grève est aujourd’hui détourné de son objectif originel et il fait l’objet d’abus intolérables qui ont pour conséquence de porter atteinte à d’autres droits constitutionnels. » Il appartient au pouvoir législatif, dépositaire du mandat populaire et représentant l’intérêt général, de veiller à ce que l’un soit honoré et l’autre, respecté. Une véritable relance économique et le bien-être de tous sont à ce prix.

Entre-temps, Syndicats, l’édifiant dossier du sénateur Alain Destexhe sur le syndicalisme en Belgique, reste d’une brûlante actualité.

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