Europe : « Le pire reste à craindre, à n’en pas douter »!

Il n’y a pas qu’en Angleterre que certains sont viscéralement nationalistes et anti-Européens, comme l’a récemment démontré le fameux et fumeux « débat » ayant déjà fait l’objet d’un article précédent et ayant opposé le tandem Mélenchon-Guaino à l’ancien Premier-ministre belge et actuel Président de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe, Guy Verhofstadt, dans l’émission Mots Croisés sur le plateau de France 2.

Ces irréductibles Gaulois et apôtres du repli sur soi que sont Mélenchon et Guaino s’insurgeaient à cor et à cri contre l’« austérité imposée par l’Europe » et contre l’« euro allemand » empêchant, selon eux, une politique keynésienne et une dévaluation compétitive. Comme le leur fit remarquer Verhofstadt, ladite dévaluation avait été instaurée de fait par la Banque centrale européenne dont précisément la politique de liquidité monétaire s’est traduite par une baisse significative de l’euro par rapport au dollar, baisse dont tout indique qu’elle devrait se poursuivre.

« Il n’est guère difficile de voir, écrivait en effet Stephanie Flanders dans le Financial Times du 18 novembre 2014, pourquoi le dollar a progressé de 9% depuis le début du mois de juillet 2014. L’économie des Etats-Unis croît plus rapidement que la plupart des autres économies du monde industrialisé et la banque centrale américaine paraît enfin à même d’augmenter ses taux d’intérêt tandis que la Banque du Japon et la Banque centrale européenne ont emprunté la direction opposée. Quand bien même une croissance économique supérieure et un différentiel de taux ne consistaient pas en un support suffisant pour le dollar, resterait l’incroyable diminution du déficit de la balance commerciale américaine. A peine un tiers de l’énergie consommée aux Etats-Unis l’an dernier provenait de l’extérieur, contre 60% en 2005. »

Ne nous leurrons pas : jamais la dévaluation n’a remédié au dysfonctionnement structurel d’une économie « rhumatisante ». Sans même qu’il ne soit besoin de rappeler la décrépitude lancinante de certaines économies européennes aux temps glorieux des monnaies nationales, prenons l’exemple du Japon actuel où la croissance du PIB reste loin des espérances malgré une politique d’abondance monétaire et la forte dévaluation de fait du yen par rapport à toutes les autres grandes devises.

Quant à la rigueur budgétaire, à moins d’accepter la faillite publique ou d’envisager la confiscation par l’Etat du capital privé (voie marxiste dans laquelle l’on pourrait imaginer que M. Mélenchon s’engagerait volontiers mais M. Guaino le suivrait-il jusque là?), les Etats les plus endettés, dont la France, n’y échapperont pas. C’est mathématique.

Des projections de la société de gestion patrimoniale Ethenea publiées dans une étude datant d’octobre dernier ont en effet révélé que, même en faisant preuve de beaucoup d’optimisme et en partant de l’hypothèse d’un équilibre budgétaire ainsi que d’un taux de croissance du PIB et d’un taux intérêt réel (taux nominal moins inflation) constants, l’Allemagne n’atteindra le seuil de 60% de dette par rapport au PIB fixé par le Traité de Maastricht que dans 23 ans, l’Espagne dans 40 ans, tandis qu’en France, en Italie, au Portugal et en Grèce, les déficits publics continueraient de se dégrader irrémédiablement (doublement du pourcentage de la dette par rapport au PIB pour l’Italie et le Portugal endéans les 20 prochaines années et à nouveau dans les 20 suivantes, 200% du PIB dans les 3 prochaines années et 300% du PIB dans les 9 prochaines années pour la Grèce, sans perdre de vue que ces chiffres sont donc basés sur l’hypothèse utopique que cette dernière ramène son déficit, actuellement de -14%, à zéro…).

Comme le titraient les auteurs de l’étude d’Ethenea, « le pire reste à craindre, à n’en pas douter ». Ne vous demandez donc pas pourquoi l’annonce d’une nouvelle élection présidentielle en Grèce a causé de gros frissons sur les marchés financiers. C’est assurément à cause de l’approche de l’hiver dans l’hémisphère boréal.

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  1. Déficit budgétaire : « Le pire est à craindre, à n’en pas douter » | Contrepoints - 13 décembre 2014

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