La condition humaine en question ? (Mark Eyskens) : « Omnes vulnerant. Ultima necat. »

La condition humaine en question ? Bonne question ! Dans sa préface, Mark Eyskens explique que cet essai, le 63e livre de cet ancien Premier ministre de Belgique, ministre des Affaires étrangères, des Affaires économiques, des Finances, de la Coopération au développement, professeur émérite à la K.U.L. (l’Université catholique de Leuven), juriste, économiste et philosophe de formation, est né de sa frustration de ce que, dans les divers cénacles qu’il a fréquentés, jamais les questions importantes – sur la vie et la mort, le sens de notre existence, l’humain et le divin, les valeurs fondamentales – n’étaient abordées, comme si l’on était atteint de « pudibonderie métaphysique ».

Selon Louis Pasteur, cité par Mark Eyskens, « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science rapproche de Dieu ». Cette phrase du savant français rappelle à l’humilité épistémologique ceux qui prétendraient que la science procurerait seule la vérité et qui n’auraient foi qu’en leur omniscience. L’insuffisance de nos connaissances apparaît paradoxalement au fur et à mesure que ces dernières progressent : selon des savants, nous ne connaîtrions encore que 4% de l’univers ; 96% de l’univers nous restent inconnus. En outre, ne sommes-nous pas qu’une petite bulle dans un « multivers » infini ?

Nous manquent des réponses essentielles, par exemple sur l’espace-temps (y eut-il un début, y aura-t-il une fin ?) et sur l’origine de l’univers (comment en parler logiquement, dès lors que si le néant est, il fait, par définition, nécessairement partie de l’être ?). Un autre paradoxe réside dans ce que Mark Eyskens appelle « la loi de la connaissance relative décroissante » : au Moyen-Âge, un érudit pouvait prétendre connaître plus de 50% du connaissable ; de nos jours, le plus grand savant peut-il se prévaloir d’en connaître plus d’un demi pour cent ?

Pour ce qui est du citoyen lambda, le connaissable se résume au connu, ce dernier à son énoncé, dont le contenu est encore appauvri par le vocabulaire limité utilisé par les médias à destination du grand public, par le choix et la nature – « only bad news is news » – des informations sélectionnées. « En savons-nous plus ou moins ? » est l’une des questions que pose Mark Eyskens.

Subsidiairement, à l’heure de l’avènement du « transhumanisme », ce courant de pensée prônant le recours aux sciences et aux techniques afin d’améliorer la condition humaine, de quoi l’humanité a-t-elle le plus besoin, de savants disposant d’un Q.I. très élevé ou de personnes disposant d’un sens éthique très élevé qui puissent faire la part des choses entre le bien et le mal ? Qu’est-ce que le bien et le mal ?

« Omnes vulnerant. Ultima necat. » Toutes blessent, la dernière tue. L’homme est le seul être vivant qui ait conscience de sa finitude, ce qui l’incite à cultiver l’espoir que « la mort est trop absurde pour être vraie » et que son passage éphémère parmi les vivants se transformât, à sa mort, dans une autre dimension de l’être. L’homme a-t-il été créé à l’image de Dieu et, si tel était le cas, comment un Dieu bon et omnipotent pourrait-il laisser l’homme et l’humanité s’épuiser dans le mal, la souffrance et la folie comme si souvent dans l’Histoire ?

L’auteur propose une lecture différente de la Genèse, une version écrite au futur simple, plutôt qu’au plus-que-parfait, une sorte de transcendantalisme évolutionniste, « asymptotique ». Dieu a besoin de l’homme et l’homme a besoin de Dieu. Il reste encore beaucoup à faire pour parachever la création. « L’imperfection du monde et des hommes, écrit Mark Eyskens, pose d’ailleurs un grave problème aux théologiens chrétiens, dès le moment où ils préconisent l’idée d’un Dieu tout-puissant et parfait, ayant pris la décision de créer un monde plein de défauts. »

Avant le big bang, il y avait déjà quelque chose, « probablement une onde d’énergie quantique ». La notion d’un créateur tout-puissant a un aspect mythologique et date d’une époque où l’homme n’avait qu’une connaissance scientifique élémentaire de la réalité, avance Mark Eyskens. Il prêche pour le « méliorisme » comme remède au pessimisme ambiant et à un optimisme béat et il eût pu conclure son essai, un remarquable voyage au-dedans du moi et par-delà, sur le propos cité de l’un de ses amis britanniques : « Yesterday is history ; tomorrow is mystery ; today is the present. That is why we call it a gift. »

« La condition humaine en question ? », Mark Eyskens, 300 pages, Absolute Books.

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