Donald Trump : « The Art of the Deal » ou l’art de l’hyperbole véridique

Il y a un peu plus de 30 ans, paraissait « The Art of the Deal », un livre, mi-biographie, mi-guide de conseils en gestion, d’un quadragénaire new-yorkais, magnat de la promotion immobilière. Le livre, classé premier de la liste des meilleures ventes du New York Times pendant 13 semaines et présent sur ladite liste pendant 48 semaines au total, acheva d’établir le statut de célébrité nationale de son auteur aux Etats-Unis.

C’est, après la Bible, le livre préféré de Donald Trump. Il fallut attendre que son auteur accède à la présidence des Etats-Unis pour que ce livre soit traduit et publié en français, trente ans plus tard, en 2017, sous le titre de « Trump par Trump ».

En plus des aspects hagiographiques, l’ouvrage présente une méthode en onze points pour réussir, une démarche s’inspirant des théories du pasteur et écrivain américain Norman Vincent Peale (1898-1993), un spécialiste des questions psychologiques et un apôtre de la puissance de la pensée positive.

En guise d’introduction à son discours de la méthode, Donald Trump déclare dans « The Art of the Deal » : « Mon style de négocier est très simple et direct. Je vise très haut et puis je continue à pousser et pousser et pousser jusqu’à ce que j’aie ce après quoi je suis. Parfois, je me suis contenté de moins que ce que je cherchais, mais dans la plupart des cas je finis tout de même par obtenir ce que je veux. »

Si, dans sa nouvelle fonction exécutive, la gestion des ressources humaines de Donald Trump (voir « La révolution Trump » de Drieu Godefridi) à l’égard de ceux qu’un président français appelait ses « collaborateurs » s’apparente plus à son style « hire & fire » dans l’émission de télé-réalité « The Apprentice » (« You’re hired ! » – Vous êtes engagé !, « You’re fired ! » – Vous êtes viré !), qu’en est-il de son style à l’égard de ses confrères et néanmoins concurrents sur la scène internationale, les dirigeants des autres Etats de la planète ?

Il y a quelques mois, après les échanges virils entre Trump et Kim sur l’importance respective des boutons leur permettant de déclencher le lancement de missiles, les médias évoquèrent l’imminence d’une guerre nucléaire avec la Corée du Nord et semèrent la panique. Aujourd’hui, ils n’en parlent plus. Il semble même que Trump et Kim devraient se rencontrer dans les prochains mois. Depuis l’annonce de ce possible tête-à-tête, il n’y a plus eu de tirs de missiles ni de manoeuvres militaires d’envergure sur la péninsule coréenne.

Il y a quelques semaines, après que Trump ait menacé de lever 50 milliards de dollars de droits de douane sur les importations en provenance de la Chine et le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois ait menacé de mesures de rétorsion du même ordre, les médias se complurent à dénoncer les dangers d’une guerre commerciale, jusqu’à ce que, le 9 avril, à la surprise générale, le président Xi lui-même annonce une concession majeure sous la forme d’une réduction significative des droits d’entrée sur les véhicules importés en Chine, droits dont les constructeurs automobiles américains sont particulièrement affectés.

Il y a quelques jours, après que la Russie ait menacé les Etats-Unis de détruire leurs missiles et leurs plates-formes de lancement s’ils s’en prenaient au régime en place en Syrie, Trump eut recours à son moyen de communication favori pour s’y répandre avec son inimitable verve : « La Russie jure d’abattre tous les missiles tirés sur la Syrie. Attention la Russie, parce qu’ils arrivent, beaux, neufs et ‘intelligents !’ Il ne faut pas s’associer à un Animal Assassin qui gaze son peuple et que ça amuse ! »

Quant à la forme et quant au fond, un tweet, le vocabulaire, la syntaxe, la ponctuation, c’est une curieuse façon pour un président des Etats-Unis de s’adresser à la nation qui possède le deuxième plus grand – voire le plus grand – arsenal d’armes nucléaires et qui éprouve à l’égard des Etats-Unis une animosité exacerbée par des décennies de rivalité, de défiance et de mépris. Quoi qu’il en soit, avant les frappes dont ils avaient été prévenus, les Russes prirent la sage précaution de faire quitter le port de Tartous en Syrie par leurs navires de guerre.

Coups de génie ou coups de folie ? Trump a-t-il, un seul instant, envisagé d’anéantir la Corée du Nord à l’arme nucléaire ? A-t-il, un seul instant, envisagé de déclencher avec la Chine une guerre commerciale susceptible d’entraîner des conséquences économiques monstrueuses pour son propre pays ? A-t-il, un seul instant, envisagé de provoquer une guerre nucléaire avec la Russie ? Qui sait ?

Le style managérial de l’homme d’affaires américain qui parle haut et fort et qui manie le stick de préférence à la dialectique transparaît dans le comportement de Trump sur la scène politique mondiale, la seule sans doute que cet homme habitué aux privilèges, à la reconnaissance et à l’autonomie juge à la mesure de sa démesure. C’est un homme à l’ego sur-dimensionné qui se considère comme l’être le plus important au monde et qui se jauge dorénavant à des égos égaux au sien, moins, peut-être, ce sens inné qu’a le locataire de la Maison-Blanche de l’hyperbole véridique (1).

Reste, comme le disait Warren Buffett, qu’à ce jeu-là, la moindre erreur d’appréciation peut s’avérer fatidique.

(1) « Truthful hyperbole », une forme d’exagération et de mystification, est une expression que Trump revendique et qui date de l’époque de « The Art of the Deal », paru en 1987 dans sa version originale.

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