Article précédent L’Or du Kremlin : chronique d’une débâcle annoncée
Posted in À la une Belgique Economie Europe Monde

L’Or du Kremlin : chronique d’une débâcle annoncée

L’Or du Kremlin : chronique d’une débâcle annoncée Posted on 17 janvier 2026Laisser un commentaire

Dans son dernier essai en date, The Kremlin’s Gold, Drieu Godefridi, ce Pallieter juriste insolent et fidèle à la devise « Ce qui ne peut être dit avec allégresse, n’est pas la vérité », vous fait revivre le drame shakespearien (d’où peut-être, mais pas seulement, l’usage de l’anglais) dont ont été les protagonistes les hautes instances d’une Union européenne qui s’est auto-sabotée pour avoir voulu faire main basse sur l’argent de l’ennemi russe.

Ce ne sont pas la Russie, ni l’Ukraine, qui sont au coeur de l’affaire, mais bien la survie de l’État de droit en tant que limite au pouvoir politique – pour qui veut encore y croire… – même si « la cause semble juste, urgente et éthiquement incontestable », la défense de l’Ukraine contre son agresseuse qui n’hésite pas à pilonner sa population civile et ses infrastructures.

Non, l’objet de l’essai et l’enjeu de l’affaire dont question, celle des avoirs russes gelés en Belgique, résident dans la crédibilité des institutions européennes, lesquelles prétendent précisément fonder leur influence sur le respect du droit et la rigueur financière, c’est à dire sur la prévisibilité de leurs engagements. La question est : jusqu’où ces institutions peuvent-elles aller sans devenir ce contre quoi elles prétendent lutter ?

Ce dont il s’agissait à Bruxelles, la nuit du 18 au 19 décembre 2025, explique Drieu, n’était pas un tour de passe-passe juridique, ni une fourberie financière. C’était un moment de vérité. On entendait accaparer des avoirs publics russes qui avaient été confiés aux institutions financières européennes. Cela ne s’est jamais fait auparavant dans des circonstances comparables. Geler n’est pas saisir. Saisir se fait en fonction des accords suivant un armistice ou de la défaite de l’adversaire. La Russie est-elle en voie d’être défaite (et à quel prix?) et, si elle ne l’était pas, que se passerait-il ? That is the question.

Le gouvernement belge n’était pas blanc-bleu : l’ancien Premier ministre Alexander De Croo, qui depuis exerce ses talents à la tête du Programme des Nations unies pour le développement, ne s’était pas opposé, lorsqu’il était encore en fonction, avec sa bonhomie coutumière, à la confiscation des avoirs russes. Dans une interview rapportée par Reuters au Forum économique mondial de Davos, le 17 janvier 2024, citée par Drieu, il affirma : « Nous ne disons pas non à la confiscation des avoirs. Mais nous devons travailler sur un mécanisme ».

Faire payer la Russie

De Croo n’avait rien inventé. Dès 2023, la première ministre de l’Estonie, Kaja Kallas, aujourd’hui la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, en avait déjà imaginé autant : faire payer la Russie pour son agression contre l’Ukraine en utilisant ses avoirs gelés. L’idée fut reprise, non sans ambiguïté, par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans son discours sur l’état de l’Union en septembre 2025 :

« A ce jour, notre aide militaire et financière atteint près de 170 milliards d’euros. Mais il en faudra davantage. Et les contribuables européens ne doivent pas être les seuls à porter cet effort. Cette guerre est celle de la Russie. C’est donc à la Russie de payer. C’est pourquoi il nous faut travailler d’urgence à une nouvelle solution pour financer l’effort de guerre de l’Ukraine à partir des avoirs russes gelés. Grâce aux soldes de trésorerie associés à ces actifs russes, nous pouvons accorder à l’Ukraine un prêt de réparation. On ne touchera pas aux actifs eux-mêmes. Et le risque devra être supporté collectivement. L’Ukraine ne remboursera le prêt qu’une fois que la Russie aura payé les dommages de guerre. Ces fonds soutiendront l’Ukraine dès aujourd’hui. »

Blanc-bleu, un autre ancien premier ministre belge, promu enchanteur en chef de l’UE entre-temps, ne l’était pas non plus. Le 5 mai 2022, Charles Michel, en tant que président du Conseil européen, avait ouvertement préconisé la confiscation pure et simple, sans distinction entre actifs privés et publics. A la question posée par un journaliste ukrainien quant à savoir si, en dehors des apports internationaux et européens, il ne serait pas normal que la Russie, « cause de ce qui se passe en Ukraine », paie elle aussi et dans quelle mesure l’idée d’utiliser les fonds russes à cette fin était réaliste, Charles Michel répondit : « Je suis absolument convaincu qu’il est extrêmement important non seulement de geler les avoirs, mais aussi de permettre leur confiscation, afin de les rendre disponibles pour la reconstruction du pays. »

Trois semaines plus tard, le 24 mai 2022, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, reprit l’idée de la confiscation à son compte visant spécifiquement « les avoirs de la Banque centrale russe ». Drieu, qui cite l’EUobserver comme source, fait remarquer qu’en fait dès que la décision avait été prise de geler les avoirs russes, l’idée de leur confiscation s’était imposée dans les hautes sphères de l’UE, au mépris du droit et des conséquences financières potentiellement dévastatrices.

Horum omnium fortissimi

Encore fallait-il habiller l’idée première de subtilités juridiques et financières, d’où l’autre idée d’un « prêt de réparation ». C’est là que la Belgique et son chef de gouvernement actuel, pas fait du même bois que ses prédécesseurs, entrent en scène. Les visiteurs allemands du soir du 5 décembre au 16 rue de la Loi étaient-ils ignorants de ce que la Belgique fut une terre d’héroïsme, au temps de César déjà, mais aussi par la suite ?

Un brillant économiste français a prétendu que les Américains se sont intéressés à l’Ukraine à partir du moment où les Russes se sont mis à facturer leur pétrole dans une autre devise que le dollar. Les Russes, de leur côté, s’en sont préoccupés lorsque les Américains ont refusé d’exclure que l’Ukraine ne rejoigne un jour l’OTAN, au risque assumé de provoquer une confrontation stratégique. Partant, peut-être les agresseurs ont-ils cru que vu l’état de santé de l’occupant de la Maison-Blanche, leur « opération spéciale » serait a walk in the park. Il n’en fut rien : l’administration Biden apporta son soutien massif à l’Ukraine et se montra favorable à la saisie des avoirs gelés.

Arrivent Trump et les « MAGAs », rétifs à l’aventurisme militaire. Patatras ! Tout change. L’intérêt du livre de Drieu réside dans ses études de caractères (von der Leyen, Kallas, De Wever et al.) et de situations (le refus discret de la France à ce que l’on lève les 18 milliards d’avoirs russes chez elle, l’enfumage médiatique, les va-t-en-guerre, le complexe militaro-industriel, etc.).

La débâcle était prévisible : elle s’inscrit dans la continuité du pire mandat d’une Commission, celle du Green Deal, de la désindustrialisation et, à présent, de la déchéance géopolitique de l’Europe. Drieu serait-il seul à le penser ? Dans un article du 22 décembre 2025, le grand quotidien allemand Die Welt écrit : « Die aktuelle EU gefährdet Wohlstand und spaltet den Kontinent. » (L’UE actuelle menace la prospérité et divise le continent.) Si même les Allemands l’écrivent…

The Kremlin’s Gold: How the European Union Scuttled Itself by Trying to Steal the Enemy’s Money, Drieu Godefridi, 168 pages, Texquis.

* * *

N’hésitez pas à commenter l’article ou à contacter son auteur à info@palingenesie.com. Aidez Palingénésie à se faire connaître en transférant cet article à vos proches et amis. Ils ont le loisir de s’abonner gratuitement à la lettre d’information en cliquant sur ce lien. Merci d’avance pour votre précieux soutien.

* * *

Abonnez-vous aussi (gratuitement) à Palingénésie Digest, un regard différent, critique, caustique et sarcastique sur l’état et la marche du monde. (Les deux blogs sont gérés de manière indépendante.)

Le dernier article en date publié sur Palingénésie Digest est à lire (et éventuellement à commenter) via le lien ci-dessous :

De la liberté d’expression

La législation belge en la matière a dévié vers un projet idéologique répressif.

* * *

Vous pouvez aussi soutenir ce site en achetant ou en offrant Ces vaniteux nous enfumant et leurs drôles d’idées – L’Europe sous l’emprise de l’idéologie qui a été repris par The European Scientist parmi les 15 ouvrages à lire absolument pour ne pas céder à l’éco-anxiété et est disponible, en version papier ou au format kindle, exclusivement sur Amazon.fr en suivant ce lien.

Si vous êtes libraire et souhaitez proposer le livre à vos clients et planifier une causerie sur le sujet, n’hésitez pas à contacter Palingénésie à l’adresse info@palingenesie.com.

Share and Enjoy !

Shares

Soyez averti de nos prochains articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Shares