Dettes publiques et répression financière : le FMI sur la sellette

« La palme de la pensée évolutive revient au Fonds Monétaire International (FMI) », estime le chief economist d’une banque bien connue sur la place de Bruxelles. « Il y a peu encore, le FMI était accusé de dominer la pensée économique et d’être le chantre du libéralisme, de la baisse des impôts, de la privatisation, de l’orthodoxie budgétaire et monétaire, de l’ouverture des frontières ou encore de la flexibilisation du marché du travail. Aujourd’hui, le FMI est l’acronyme de Fin de la Mondialisation Irresponsable. » Relisez Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, sur les origines de la crise financière et économique (Freefall, 2010, traduit en français sous le titre Le Triomphe de la cupidité) pour saisir toute l’ironie d’une telle déclaration émanant d’un éminent expert du monde bancaire au sujet du FMI.

Le FMI aurait radicalement changé de cap et redécouvert les vertus de l’inflation pour combattre le risque de déflation, des déficits publics pour engendrer la croissance, et de l’on ne sait quelle recette au juste (l’inflexibilité du marché du travail ? L’enchérissement du coût du capital? La répression financière?) pour réduire les inégalités. « La crise, conclut le chief economist, a sonné le glas des certitudes, de simplismes et de négligences. » Lesdites négligences évoquent-elles l’absence d’encadrement règlementaire adéquat qui avait permis au monde financier de développer ce que Warren Buffett avait qualifié d’armes de destruction massive et de plonger le reste du monde dans la crise dont nous subissons les effets depuis 2008 ?

Les recommandations du FMI concernant la Belgique font l’objet d’un article précédent de cette chronique. Elles sont publiées sur le site Internet de l’institution. Nous n’y voyons pas mise en avant d’incitation particulière à entretenir le déséquilibre budgétaire pour relancer la croissance à moins d’ignorer toutes les autres recommandations, au rang desquelles figurent un assainissement structurel des finances publiques et une réforme du marché du travail dans le sens d’un assouplissement et d’une réduction des coûts en vue de le mettre en adéquation avec les circonstances internes et externes qui le régissent.

Le chief economist se référant dans sa mise sur la sellette du FMI à Karl Popper, paraphrasons Che Guevara et convenons que la vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de hier ni celle de demain, a fortiori lorsqu’elle résulte d’une approche magistrale (« top down ») dont l’infaillibilité dépend par définition de l’intégration dans l’équation d’un grand nombre d’inconnues (connues et inconnues, voir Taleb dans Anti-fragile). La « Fin de la Mondialisation Irresponsable » et le « glas des certitudes » signifient-ils qu’il faille hausser les impôts, nationaliser, improviser en matière budgétaire et monétaire, fermer les frontières et vitrifier le marché du travail ?

Le « prix de la vérité » est-il, comme semblent le suggérer les apôtres d’une nouvelle pensée unique, d’abandonner le libéralisme et l’économie de marché et de leur préférer le capitalisme d’état et l’économie planifiée dont l’Histoire regorge d’exemples de réussites économiques et sociales ? S’agit-il de priver l’individu de ses libertés fondamentales et de son devenir unique et de les soumettre à une nouvelle forme de collectivisme, source inépuisable d’un progrès et d’un bonheur auxquels seuls les Coréens du Nord ont le privilège de goûter pleinement ? C’est là que le titre sous lequel le chief economist a publié sa réflexion prendrait tout son sens : « Marche avant pour la marche arrière » !

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