Euro : Nom d’un triple enfer ! Est-ce que nous n’en sortirons pas ?

Est-ce que ça durera longtemps ? eût ajouté Flaubert que le titre paraphrase. Dans une mise à jour de ses sarcasmes, publiée par le New York Times en juillet, Paul Krugman, l’économiste américain prix Nobel en 2008, promut l’euro de « l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire de l’économie » à « une erreur aux proportions épiques » et il se targua de ce qu’il n’avait pas entendu le moindre argument qui contredisait son opinion. Dans une tribune du mois dernier, cette conscience des prétendus progressistes avançait sur base du simple graphique ci-contre que la Finlande – bien que victime d’un choc qu’il qualifiait d’« idiosyncratique » affectant ses exportations plutôt que de l’arrêt brutal de l’afflux de capitaux – se trouvait en aussi mauvaise position (sur le plan du PIB par habitant) que la plupart des pays de l’Europe du Sud. « Voici un rappel, concluait-il, que l’euro suscite d’énormes problèmes partout et qu’il ne s’agit pas de cas isolés. »Change in real GDP per capitaBref, les prémisses de la Finlande n’ont rien à voir avec celles de la Grèce ou de l’Espagne, mais la conclusion reste la même, c’est la faute à l’euro ! Suggérons à cet éminent éditorialiste et à la cohorte des Cassandre de l’euro de lire Europe’s Orphan, The Future of the Euro and the Politics of Debts, l’analyse éclairée de la crise de l’euro dans laquelle Martin Sandbu, économiste attaché au Financial Times, rappelle, à contre-courant de l’opinion moutonnière, que si une économie prospère ou stagne ce n’est qu’en partie déterminé par la monnaie. (Le livre publié par Princeton University Press, la maison d’édition académique de l’université du même nom, fit l’objet d’un article précédent de cette chronique : Plaidoyer pour l’euro, l’orphelin de l’Europe.)

« Marché unique, monnaie unique ». Cette assertion qui correspond à la logique économique devait aussi contenir une puissante aspiration économique en ce qu’elle incitait les membres de la zone euro à améliorer la productivité de leurs économies, c’est à dire la capacité de ces dernières pour chaque heure de travail et chaque unité de capital. Si tous s’endettèrent finalement aux taux de l’Allemagne, ce fut plus rapidement que ne croissaient leurs économies, soit parce que des acteurs privés espéraient faire fortune vite et à bon compte (spéculations immobilière et financière), soit parce que les pouvoirs publics s’ingéniaient à financer des Etats-providence aux compétences de plus en plus étendues et aux prestations de plus en plus coûteuses. Les partenaires de l’Allemagne ont galvaudé une fenêtre d’opportunité historique de mettre leurs comptes en ordre et de booster leur productivité.

Les déficits de comptes courants et les crises de balances des paiements ne sont pas propres à la seule zone euro. Que la balance des transactions courantes d’un Etat soit déficitaire ne constitue pas un problème en soi. Ce qui compte, c’est la façon dont les fonds empruntés sont investis. A la fin des années 1970, le déficit courant de la Norvège atteignit 14 pour cent du PIB, mais les capitaux qu’elle attira lui permirent de construire son industrie pétrolière, l’une des plus grandes au monde. En Espagne et en Irlande, l’argent servit à construire des habitations dont le coût était supérieur à leur valeur marchande ; en Grèce, à Chypre et au Portugal, l’argent fut dépensé à des fins sans utilité durable.

« Si l’Europe représente aujourd’hui à peine plus de 7% de la population mondiale, environ 25% du produit mondial brut et 50% des dépenses mondiales en matière de sécurité sociale, alors il est clair qu’elle devra travailler très dur pour maintenir sa prospérité et son mode de vie », avait déclaré Mme Merkel avec ce sens aigu des subtilités économiques qui caractérise les dirigeants allemands. Son prédécesseur Gerhard Schröder, appartenant pourtant au parti social-démocrate concurrent, ne tira-t-il pas l’Allemagne du marasme économique dans lequel elle se trouvait au début des années 2000, suite à la réunification et à l’envolée du chômage, en mettant en oeuvre une réforme du marché du travail qui visait à en assurer une plus grande flexibilité et une plus grande mobilité ?

Qu’ont accompli en guise de réforme du marché du travail les pays de la zone euro en proie à la crise, voire la France et la Belgique ? Rien (ou le contraire de ce qu’il eût fallu faire : que l’on se remémore l’uniformisation des statuts ouvriers et employés en Belgique…) Faut-il s’étonner que les PIB de ces pays stagnent en raison de leur panne de productivité et que leurs niveaux d’endettement par rapport au PIB aient augmenté ? Est-ce l’euro qui est à blâmer ?

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