Tax shift, tax lift, tax drift

En Belgique, Pikettystes et autres émules de Karl Marx dont la contribution à l’accroissement réel du bien-être général est de manière générale inversement proportionnelle à leur imagination prônent le tax shift, un « transfert » de l’impôt des revenus du travail vers ceux du capital, comme panacée contre l’impécuniosité de l’Etat.

Comme nous l’affirmions dans un article publié par le journal économique belge L’Echo, c’est trompeur car c’est laisser accroire que les revenus du « capital » ne seraient pas taxés et que les riches deviendraient de plus en plus riches (alors que ce ne sont pas les mêmes qui le restent) ; c’est stupide car confisquer l’épargne reviendrait à détruire les fondements de l’économie de marché et de la liberté individuelle ; c’est immoral car en parlant de « capital » c’est bien de l’épargne privée qu’il est question et cette dernière provient précisément de revenus du travail déjà lourdement taxés à la base !

« Parmi les quelque 200 pays du monde, la Belgique est celui qui taxe le plus lourdement le travail. Qu’il y ait un rééquilibrage avec le capital me paraît légitime et souhaitable ! », nous affirma un bel esprit que l’on eût pourtant cru libéral. L’on nous présente le tax shift comme inéluctable. En vérité, comme le fit remarquer Thierry Afschrift, avocat fiscaliste de tout premier plan international, dans une chronique publiée par le magazine Trends-Tendances, le débat sur le tax shift est étrangement tronqué.

Personne ne contestera que le travail est trop lourdement taxé en Belgique. Selon une étude publiée cette année par le réseau international d’experts-comptables AGN, la charge globale pesant sur le travail s’élève à 178% du revenu professionnel net d’un salarié belge alors qu’elle n’est que de 64% au Grand-Duché du Luxembourg, 75% en Allemagne, 89% au Royaume-Uni, 93% aux Pays-Bas et 94% en France, les pays entourant la Belgique et concurrents directs de l’industrie et du commerce belges.

Une réduction des charges grevant le travail s’impose donc afin de procurer à la Belgique un regain de compétitivité sur son marché domestique et sur ceux de ses principaux partenaires commerciaux.

Il y a plusieurs manières de s’y prendre pour compenser le manque à gagner qui en résulterait pour l’Etat. Le tax shift en est une, qui consisterait à remplacer les recettes perdues d’un côté par d’autres prélevées ailleurs. Une autre consisterait à réduire les dépenses de l’Etat. Mais, sur ce plan, releva Thierry Afschrift, c’est tout le contraire qui se passe. Selon le budget de l’Etat belge lui-même, les dépenses de ce dernier passeront de 98,9 à 104,1 milliards d’euros en 2015. Il suffirait donc à l’Etat de geler ses dépenses pour compenser de 5,2 milliards une réduction des charges sur le travail.

Les dépenses de l’Etat belge augmenteront donc de plus de 5% et ses recettes de 3,7 milliards soit de 3,6% en 2015, ce qui est renversant compte-tenu de ce que les taux d’inflation et de croissance sont pratiquement nuls ! L’Etat ne s’en tiendra pas là, avertit Thierry Afschrift. Sa part ne cessera de croître dans l’économie belge et, partant, dans la vie de tout un chacun pendant les années à venir puisque le rapport budgétaire du gouvernement en place prévoit que les recettes fiscales passeront de 112,1 à 116,7 milliards en 2016, 120,5 milliards en 2017 et 124,6 milliards en 2018, soit un butin total de 41,1 milliards sur quatre ans dans un pays dont le PIB ne s’élève qu’à quelque 400 milliards d’euros ! « En fait de tax shift, il suffirait que l’Etat cesse d’augmenter les impôts et ses dépenses », conclut l’avocat fiscaliste. « Si l’on veut que cela cesse, il faut changer de politique ».

Un shift de cet ordre constituerait en effet une troisième voie, visant à libérer les facteurs et leviers de production et de croissance. Mais pour ce faire, au-delà de l’imagination dont sont abondamment pourvus les beaux esprits férus d’idées castratrices et captatrices d’un autre siècle, il faudrait aussi de la clairvoyance et du courage.

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