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« Nous autres » (Jean-Pierre Montal)

« Nous autres » (Jean-Pierre Montal) Posted on 26 décembre 2019Laisser un commentaire

Comment atteint-on la notoriété en tant qu’écrivain ? Suffit-il, homme, d’avoir une belle gueule ou, faut-il, femme, arborer une coiffe farfelue ? Il ne suffit pas de savoir écrire, parfois il ne faut même pas savoir écrire.

La quatrième de couverture de Nous autres indique que Jean-Pierre Montal est le cofondateur des éditions Rue Fromentin et qu’il a écrit un récit biographique sur Maurice Ronet (Les Vies du Feu follet) et de deux romans (Les Années Foch et Les Leçons du Vertige).

Ces oeuvres de Jean-Pierre Montal ont été publiés par Pierre-Guillaume de Roux, qui est aussi l’éditeur de Nous autres, un recueil de dix nouvelles dont j’ai eu connaissance grâce aux « tablettes » qu’envoie à ses amis et connaissances l’excellent Christopher Gérard.

« En marge », l’une des dix nouvelles de ce recueil au style fluide et dépouillé, raconte la solitude d’un écrivain célibataire qui s’exprime dans le récit à la première personne du singulier. Un jour, il trouve par hasard chez un soldeur, son premier roman annoté par une main inconnue.

L’un des personnages du roman confiait dans un dialogue s’être rarement autant ennuyé. Le critique anonyme avait ajouté : « Et nous donc !!! » Là où l’écrivain s’était lancé dans une description un peu longue, c’était : « Oh ! Le beau morceau de bravoure ! » Plus loin, énigmatique : « Ça va… » Mais, que signifie-t-il ce « ça va… », s’interroge l’écrivain : « Ça va, ce n’est pas trop mal pour une fois ? Ou ça va, pas de quoi en ch… une pendule ? » Enervé : « Joli, décoratif. De la littérature-bibelot. » Lettré : « Pastiche de Modiano. Volontaire ? Même pas sûr. »

Le narrateur romancier n’a de cesse de retrouver son critique. Un jour, le premier tombe, au propre comme au figuré, sur le second, en trébuchant contre le pied de son siège dans une bibliothèque, et il reconnaît son écriture très condensée sur le cahier dans lequel l’impudent critique prend des notes pendant sa lecture. Ils ne se quitteront plus. « Et vous, vous avez écrit récemment, Pierre ? » Rien, pas une ligne. « Non, pas pour le moment, Luc. » L’importun, sincèrement désolé : « On s’accroche, hein, Pierre ? D’accord ? On s’accroche ! Les plus grands ont connu ça. Alors, on en veut ! On ne lâche rien ! »

« Chaque homme doit rencontrer dans sa vie un certain nombre d’emmerdeurs, avait annoncé Pierre dès les premières lignes de la nouvelle, et ce montant n’est pas négociable. Ces hommes s’arriment à votre existence comme un coquillage à un rocher puis, naturellement, deviennent la pierre et vous, le crustacé. »

L’on pourrait considérer le « Nous autres » de Jean-Pierre Montal comme un précis de philosophie existentielle. Le personnage principal de « La fin du monde tombe un 1er mai », une autre nouvelle du recueil, est ingénieur du son et, à l’instigation de sa compagne qui est lasse de le voir désoeuvré, il accepte, à contre-coeur, de participer à l’enregistrement d’une chanson caritative. « Ce n’est pas la fin du monde ! » lui avait lancé Béa. Eh bien si ! Avant que la nouvelle ne se termine, l’ingénieur du son se fait plaquer par sa compagne.

Il existe deux catégories de femmes, médite l’amoureux éconduit, celles qui restent envers et contre tout avec l’homme qu’elles ont choisi et celles qui se choisissent un nouveau compagnon à chacune de leurs incarnations.

Sur la vieillesse : dans « Le son », « L’isthme qui relie l’âge adulte à la vieillesse est une zone minée » ; dans « 25 bis, rue Jenner », qui se termine dans le décor reproduit à l’identique du club de jazz du Samouraï, le film de Jean-Pierre Melville, « On décrit généralement la vieillesse comme un long processus d’érosion. En réalité, elle frappe d’un coup sec. Le « long naufrage » redouté de tous n’est que la conséquence de ce premier impact. » Ou encore : « La mort pouvait avoir raison de tout, c’était même son rôle, mais peut-être pouvait-elle épargner la complicité entre deux êtres. »

Dans « Son voyage » : « La logique est un piège, un mode opératoire surévalué. Il faudrait toujours commencer par imaginer l’explication la plus éloignée de la raison pour espérer s’approcher un peu de la vérité. » Embarquement immédiat, les dix nouvelles de ce recueil à l’écriture remarquablement épurée de Jean-Pierre Montal valent le périple.

Nous autres, Nouvelles, Jean-Pierre Montal, 224 pages, Editions Pierre-Guillaume de Roux.

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