Le roi est nu : Mervyn King et la fin de l’alchimie bancaire, selon Henri Lepage

Dans une récente livrée de la revue Inférence dont l’objet est de publier, de manière trimestrielle, des essais critiques reflétant la diversité de la pensée dans les domaines de l’anthropologie à la zoologie, l’économiste français Henri Lepage a fait une critique éclairée et édifiante de l’ouvrage de Mervyn King, l’ancien gouverneur de la banque centrale du Royaume-Uni, The End of Alchemy : Money, Banking, and the Future of the Global Economy.

La critique, de Mervyn King à l’égard d’un système dont il fut l’un des protagonistes pendant la dizaine d’années qu’il passa à la tête de la Banque d’Angleterre et d’Henri Lepage à l’égard de cette interprétation sélective de la dernière crise bancaire, vient à point car il faut bien convenir que les politiques monétaires des banques centrales et les mesures complémentaires extravagantes que ces dernières envisagent (« helicopter money » et interdiction du cash) suscitent l’incrédulité croissante, voire l’indignation.

Pour King aussi, relate Henri Lepage, « la crise soulève de profondes questions à propos des fondements des modèles économiques utilisés par les banques centrales dans le monde » et, en particulier, au sujet de l’illusion que ces modèles entretiennent quant à ce que l’incertitude puisse être mise en équations et être réduite à partir d’un calcul de probabilités connues. Cet aveu d’incapacité de la part de l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre serait certes louable, pour autant que King ne se contentât pas de recourir aux concepts de complexité et de prétention de savoir propres à l’école économique autrichienne mais qu’il en épousât toute la thèse de l’incertitude radicale, laquelle rejette la croyance d’une rationalité optimisatrice.

Or, c’est toute la pertinence de la critique d’Henri Lepage, King ne va pas au bout du raisonnement. En fait, son ouvrage s’inscrit dans la tradition du paradigme keynésien dominant qui réduit tout à la demande globale et à sa gestion. Il n’y est fait aucune allusion aux courants de pensée alternatifs qui tendent à démontrer que les déséquilibres financiers proviennent aussi, sur le long terme, de facteurs endogènes propres au fonctionnement asymétrique de l’économie. C’est ce qui amène Henri Lepage à qualifier l’ouvrage de Mervyn King de partial et d’unilatéral, une oeuvre de désinformation autant que d’information.

La réforme des banques et de la monnaie que préconise l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre consiste, explique Lepage, à remplacer le système actuel de réserves fractionnaires par un système de réserves à 100%. Ainsi, il n’y aurait plus à craindre que les banques ne puissent pas rembourser leurs déposants, ni que ceux-ci ne se ruent aux guichets des banques pour réclamer leur argent puisqu’ils seraient assurés d’être remboursés, quoi qu’il advienne.

Tout ceci est fort joli, si ce n’est que le nouveau système censé éviter les fluctuations économiques supposerait que le fonctionnement de l’économie passe par la constitution d’un bataillon de fonctionnaires omniscients et angéliques qui évalueraient la qualité des actifs mis en gage par les banques avant que celles-ci ne puissent accorder des prêts à long terme aux emprunteurs en puisant dans les dépôts à court terme des déposants. Ce serait un retour au planisme, un remède pire que le mal, dès lors que les bureaux de supervision au sein des banques centrales décideraient de toute la grille des taux et, partant, de la marche de toute l’économie. N’est-ce pas paradoxal pour un livre dont l’auteur évoque une notion d’incertitude radicale ?

Ce n’est pas ainsi, expose Henri Lepage, que Mervyn King voit les choses. Là où Hayek percevait dans l’incertitude radicale un problème d’incomplétude de la connaissance, l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, victime parmi tant d’autres d’un aveuglement intellectuel ou de ladite incomplétude, y voit une imperfection absolue du système de la concurrence et la justification de l’existence d’une institution, la banque centrale, « qui (à tort) ne peut concevoir le monde sans elle ».

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L’article d’Henri Lepage dans la revue Inférence peut être consulté via le lien suivant : The King’s Revolt. L’on trouvera sur le site de l’Institut Turgot une note de synthèse d’Henri Lepage sur La malédiction du quantitative easing.

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