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Apocalypse Zéro (Michael Shellenberger)

Apocalypse Zéro (Michael Shellenberger) Posted on 19 février 2022Laisser un commentaire

Shellenberger ! A les entendre, eux et leurs détracteurs, c’est le cri de ralliement des climato-sceptiques, à moins qu’ils ne soient « négationnistes », voire tout simplement, et à raison, réalistes ?

Michael Shellenberger le leur rend bien : ce « héros de l’environnement » (selon le magazine Time), fondateur d’une ONG indépendante de sauvegarde de la nature et contributeur régulier du New York Times et du Washington Post ainsi que du magazine Nature Energy, dit d’eux dans Apocalypse Zéro (titre en anglais : Apocalypse Never) qu’il n’en a pas rencontrés qui nient que le climat ne change.

De « négationnistes » en fait de climat, il ne saurait donc être question. Tous réalistes, alors ? Les climato-whatevers qui s’insurgent contre le climatiquement correct (le discours de stricte obédience qu’observent ceux refusant tout débat sur le thème car la science a parlé) et l’homme de terrain et de concrétude qu’est Michael Shellenberger ont ceci en commun : ils en ont « assez des exagérations, de l’alarmisme et de l’extrémisme qui sont les ennemis d’un environnementalisme positif, humaniste et rationnel ». C’est ainsi que l’environnementaliste américain lui-même explique pourquoi il a décidé d’écrire Apocalypse Zéro.

« Bien des discours que l’on inculque aux gens sur l’environnement, y compris sur le climat, sont faux, écrit-il, et il est primordial de les rectifier. » Il s’y attache en s’appuyant sur les rapports du Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (GIEC), de la FAO (l’agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture) et d’autres institutions scientifiques de premier plan et en renvoyant ses lecteurs qui chercheraient à approfondir certains points à ses références, lesquelles couvrent une centaine de pages de son livre qui en contient 528.

Il plaide en faveur de l’humanisme contre l’anti-humanisme de l’écologisme apocalyptique et insiste sur la distinction à faire entre les faits scientifiques et la science-fiction (et pire : la manipulation à des fins bassement politiques ou d’enrichissement, comme c’est, il le fait découvrir aux plus naïfs, très souvent le cas).

Apocalypse now : Final cut ?

La fin du monde est-elle proche ? Le 7 octobre 2018, deux journaux parmi les plus lus au monde, le New York Times (qui avertissait d’un risque grave de crise dans un article à gros titre et l’illustrait avec la photo d’un jeune garçon jouant avec des ossements d’un animal mort, « le poids des mots, le choc des photos », n’est-ce pas) et le Washington Post (qui nous laissait à peine une décennie pour régler le problème) le laissaient penser sur base d’une interprétation féconde d’un rapport du GIEC.

« Toute personne qui souhaiterait voir la fin du monde en personne et de près ne pourra rien trouver de pire qu’un séjour en République démocratique du Congo », écrit Shellenberger qui y a été et en décrit l’état dans lequel il l’a trouvé. Et, ce n’est pas le climat, mais ce sont le dénuement, le désordre et la guerre qui en sont responsables, le Congo étant situé à l’épicentre du conflit le plus meurtrier depuis le Seconde Guerre mondiale. (Et, ce ne sont pas non plus les Belges qui en sont responsables puisque le Congo était apparemment tenu, juste avant son indépendance, comme le meilleur pays d’Afrique où vivre.)

Une autre contrée dans laquelle Shellenberger a passé du temps est l’Amazonie à propos de laquelle, dit-il, presque tout ce que les médias ont raconté à l’été 2019 concernant la destruction de la forêt était soit profondément trompeur, soit carrément faux. En bref, feu et déforestation pour produire de la viande sont « des facteurs essentiels de ce qui fait de nous des êtres humains ». Il s’en explique en détail. Si d’aucuns en Europe ont cru devoir susciter l’émotion au sujet du « poumon de la Terre », ce n’est sans doute pas principalement en raison de préoccupations climatiques, mais dans un souci de protectionnisme de leur propre agriculture.

La clé, rappelle Shellenberger, c’est de produire plus sur moins de superficie. Et, c’est ce qui se fait ! Selon la FAO, de 1961 à 2013, la superficie mondiale des terres utilisées par l’agriculture est passée de 4,5 à 4,8 milliards d’hectares (+6,6%) tandis que la production alimentaire mondiale a triplé (et la population de la Terre s’est accrue de 3,1 à 7,2 milliards d’êtres humains). Un ange passe et ce n’est pas le mannequin brésilien Gisele Bündchen survolant l’Amazonie avec un dirigeant de Greenpeace.

La Grande Evasion

Industrialisation et consommation d’énergie s’avèrent globalement positives pour la race humaine : selon l’ONU et la Banque mondiale, l’espérance de vie est passée de 30 à 73 ans et la mortalité des nourrissons a diminué de 43 à 4%. Steven Pinker de l’Université Harvard, qui en parle comme de la Grande Evasion, souligne qu’avant le début du XIXe siècle, celui de la révolution industrielle qui occupe une place honnie dans l’imaginaire écologiste, près de 95% de la population mondiale vivait dans ce que l’on appelle de nos jours « l’extrême pauvreté ».

Alors que c’en était encore 44% en 1981, selon la Banque mondiale, ce pourcentage est tombé sous les 10% en 2016, le président Xi Jinping se vantant en 2021 de ce que la Chine se soit entièrement sortie de la pauvreté. Gageons qu’à part les sectateurs de l’écologie profonde et radicale, assurément peu d’humains s’en plaignent, et d’autant moins si les politiciens les laissent vaquer à leur industrie et à leur commerce et contribuer au développement général, sans trop les voler. C’est un professeur d’économie politique à l’Université Harvard qui l’affirme, Dani Rodrik, cité par Shellenberger.

A l’échelle mondiale, relève ce dernier, l’histoire de l’évolution et du développement va de pair avec la consommation croissante d’énergie et sa conversion en richesses, et les transitions énergétiques se sont effectuées en passant de combustibles moins denses en énergie et plus denses en carbone à des combustibles plus denses en énergie et en hydrogène. Ce qui détermine le rythme des transitions, ce n’est toutefois pas tant la science (la chimie est simple à comprendre) que la politique…

« Et, écrit Shellenberger, la politique peut parfois éloigner les sociétés des carburants à forte densité énergétique pour les ramener à des combustibles à faible densité énergétique. » C’est à ce niveau-là, chacun s’en doute ou s’en apercevra en lisant Apocalypse Zéro, que le bât blesse.

Apocalypse Zéro, Pourquoi la fin du monde n’est pas pour demain, Michael Shellenberger, Editions L’Artilleur, 528 pages.

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Invitation exceptionnelle

Palingénésie invite ses fans inscrits sur sa liste d’envoi – voir ci-dessous – à assister gracieusement le vendredi 25 février 2022, de 11 heures à midi, au B19 d’Uccle (avenue Van Bever 17-19), à la conférence d’un philosophe et juriste du cru et d’un fort bon terroir, Drieu Godefridi, sur le thème de son dernier essai :

« Le Néo-Racisme de la Gauche au XXIe siècle »

Renseignements et inscriptions : Conférence « Club de PAN » du vendredi 25 février 2022.

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(Cet article sur Apocalypse Zéro a été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4022 du mercredi 9 février 2022.)

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