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Au seuil du chaos

Au seuil du chaos Posted on 28 juin 20262 Commentaires

Qu’on se le dise (et quoi que l’on en lise ci-dessous), le livre Au seuil du chaos : Quand les grandes ruptures créent les grandes opportunités, mérite d’être lu. Vous en aurez pour votre argent (il y en est justement beaucoup question, ça tombe donc bien) et c’est la partition non simplement d’un duo (Bruno Colmant, 64 ans, et Damien Ernst, 50 ans, qui enseignent à l’université, l’un l’économie, l’autre l’électromécanique, et dialoguent sur les questions épineuses du moment), mais d’un quatuor, car deux sœurs, Mélanie et Pauline (« Poney ») Antoine, les ont accompagnés, l’une pour retranscrire leur dialogue, l’autre pour l’illustrer.

L’idée centrale du livre est que nous sommes entrés dans une période de chaos où plusieurs crises se superposent dans différents domaines : économie, Europe (son déclin), intelligence artificielle, énergie, environnement, démocratie. Colmant établit le constat suivant : « C’est le chaos absolu. L’IA est en train de fissurer le monde, nos États sont en faillite, les Chinois vont envahir Taïwan, les gens se transforment en zombies au contact de leur smartphone, l’Europe va s’effondrer et, en plus, la planète va fondre. Il y a trop de crises qui se profilent, on n’y comprend plus rien. »

Ernst renchérit : « On avait effectivement l’impression, lors de nos échanges, que tout n’était que chaos autour de nous. Un chaos selon la définition mathématique du terme : le monde semble devenir un système totalement imprévisible. » En fait, ici la notion paraît n’avoir rien de mathématique : elle correspond plutôt à celle courante dans le public, de désordre, d’effondrement, de perte de contrôle, de catastrophe. (En mathématiques, un système chaotique est un système complexe mais déterministe, dont la prédictibilité est limitée par sa sensibilité à ses conditions initiales.) Ici, il s’agit plutôt d’alerter face à un risque d’effondrement sociétal en raison d’une agrégation de phénomènes d’ordres divers.

« Un désordre systémique sans précédent »

La situation ne paraît toutefois pas de nature différente de ce qu’elle était, par exemple, dans les années 1970, lorsque nous cumulions la guerre froide et, en arrière-plan, la menace nucléaire, les chocs pétroliers, la fin de la convertibilité du dollar US en or (la rupture de l’ordre financier international), une inflation galopante, des conflits au Moyen-Orient, des prédictions de surpopulation mondiale et d’épuisement des ressources (le rapport Meadows popularisé par le Club de Rome date de 1972), le début de la révolution informatique. L’état du monde actuel ne présente rien de bien nouveau par rapport au « chaos » d’alors dont les suites et les conséquences ont rarement été celles escomptées. Colmant et Ernst sont trop jeunes pour avoir vécu les choses et les avoir ressenties comme telles.

En outre, dans un environnement de densité de l’info et de l’intox, il convient de se méfier du biais d’agrégation. Il entraîne une impression de juxtaposition des crises : un conflit, une faillite bancaire, une canicule, une émeute. L’actualité locale trouve un écho à l’échelle globale. Cela suscite un sentiment de malaise général alors que les événements ne sont pas liés. Il ne faut pas non plus sous-estimer les forces stabilisatrices : on a pu le constater à la suite des turbulences des années 1970. Encore la politique doit-elle laisser ces forces stabilisatrices se manifester : les années Reagan (président des Etats-Unis du 20 janvier 1981 au 20 janvier 1989) vinrent à point nommé. Le pire n’est jamais certain.

Pourtant, Colmant et Ernst insistent : les turbulences auxquelles nous sommes désormais confrontés précipitent notre société dans un « désordre systémique sans précédent » qui mettra en évidence la fragilité des fondements de nos sociétés face à la multiplication des chocs. L’alerte la plus pressante concerne l’effacement de l’essence de l’individualité, si ce n’est de l’humanité, en rapport avec l’IA.

« L’effacement de l’essence de l’individu »

Certains éléments de leur diagnostic sont observables : les tensions géopolitiques, les évolutions des technologies, les incidences de celles-ci notamment sur le marché du travail, l’endettement public, etc. Le désordre est-il pour autant « sans précédent » ? Il y a là, semble-t-il, un saut interprétatif, si l’on se souvient des effets des chocs pétroliers et de l’inflation galopante sur les économies des années 70 ou des incidences de la micro-informatique, notamment sur le marché du travail, pendant les années 80 et les décennies suivantes. Quant à « l’effacement de l’essence de l’individu », encore faudrait-il définir ladite essence ainsi que les indicateurs permettant d’en mesurer l’effacement.

On pénètre là dans le domaine spéculatif de la philosophie politique et de la sociologie normative. N’empêche, on voit le cheminement de la pensée des auteurs, de ce qui est à comment cela pourrait évoluer et à ce qui pourrait arriver dans les cas extrêmes. Le scénario extrême n’est pas illégitime en soi, mais n’est que l’un des scénarios possibles. Nous y reviendrons dans un prochain article.

Au seuil du chaos, Quand les grandes ruptures créent les grandes opportunités, Bruno Colmant et Damien Ernst, avec les dessins de Pauline Antoine, 192 pages, Editions Racine.

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Le dernier article publié sur Palingénésie Digest est à lire ou à relire (et éventuellement à commenter) via le lien ci-dessous :

L’Europe en état de choc

Qu’attend-elle pour y remédier sur le plan économique?

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2 commentaires

  1. Le réveil des profs, les « sachants » déboussolés dont le pouvoir à défaut d’auctoritas repose sur leur capacité à prévoir. On ne peut s’empêcher de penser à la reine Elizabeth qui se demandait comment les économistes n’avaient rien vu venir alors qu’ils étaient payés pour scruter l’horizon. Nos intellectuels souffrent du déclassement de l’Europe. Le reste du monde n’est pas sur la même longueur d’onde. En l’occurrence, nos deux profs ne veulent pas devoir faire face à la stigmatisation, donc ils voient bien ce qui va arriver et ils en remettent une couche, une belle couche de généralité, un livre à lire sur la plage. Le plus grave n’est pas tant le fait qu’ils n’ont rien découvert, mais qu’ils avancent le thème de la crise (encore des crises tout azimut) comme justification de la poursuite d’un système producteur de normes en tout genre. Ce sont les agents de Big Brother. En réalité cela n’arrivera pas. Libérer l’action humaine de l’emprise des experts, des sachants et de l’Etat nounou obèse et cela ira beaucoup mieux; faisons confiance au peuple d’en bas, au « common sense ».

  2. « C’est le chaos absolu. L’IA est en train de fissurer le monde, nos États sont en faillite, les Chinois vont envahir Taïwan, les gens se transforment en zombies au contact de leur smartphone, l’Europe va s’effondrer et, en plus, la planète va fondre. Il y a trop de crises qui se profilent, on n’y comprend plus rien. »
    Tout est là dedans … dit Bruno.
    Mais mon avis est différent.
    Ils interprètent les problèmes du monde sans regarder sérieusement ce qui se passe chez nous en Belgique… en Europe. Nos problèmes ne sont pas l’IA, encore moins les situations géopolitiques variables que nous subissons.

    Notre problème de chaos est que nous subissons les autres mais sommes incapables de réagir.
    Parce que nos gouvernements ne « peuvent » même pas réagir tant qu’ils seront créés suivant les stupides « normes » pseudo-démocratiques actuelles qui ont évolué étrangement vers une sorte de verrouillage électoral.
    (Je pense que Drieu trouverait des mots mieux appropriés que moi)

    Notre problème général est le manque d’attractivité entrepreneuriale.
    Créer sa propre entreprise intéresse de moins en moins de personnes.
    Qui aurait envie de prendre des risques ?
    Pourtant c’est les entreprises « privées » commerciales et/ou industrielles qui créent le revenu de l’Etat.
    Le frein est la fiscalité qui atteint des sommets inacceptables : les salaires impayables… les taxes sur les sociétés.. sur les dividendes… et maintenant sur les plus-values… (sans parler de la facturation électronique obligatoire!)

    Cela me fait penser que le chaos … notre chaos .. vient de là.
    Pas seulement en Belgique, mais dans toute l’Europe, tant que la gouvernance sera aveugle et idéologique.

    Je vais dire une bêtise…?
    Regardons comment fonctionnent les pays qui ne connaissent pas ce « chaos »… ceux dont les entreprises engagent des travailleurs… ceux où le chômage est bas.. ceux qui exportent vraiment…
    La taxation y est très différente.
    Ils appliquent la « flat tax »… USA 21% …et Russie 13 à 15%…
    Nous ne sommes pas dans ce groupe.
    Mais nous pourrions y revenir. Les marchés finissent toujours par s’équilibrer si on ne les empêche pas.

    Je pense que les pays européens suivront leur belle pente descendante pendant quelques années encore.
    Sans changement de stratégie gouvernementale c’est inéluctable. Encore 10 ans ??
    Et quand le peuple se révoltera… quand il n’y aura plus cette odieuse « Commission » non élue… quand ce sera évident qu’une « Union Européenne » est devenue impossible… alors il demandera au prochain gouvernement Russe de nous annexer à la Fédération afin de redresser notre situation. Un beau projet comme le Général de Gaule l’avait imaginé.

    A moins qu’il ne préfère devenir les 60…+++ états américains ?

    On peut rêver ?

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