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Belgium 2040

Belgium 2040 Posted on 28 mars 20264 Commentaires

Rudy Aernoudt et Peter De Keyzer le concèdent bien volontiers, leur essai Belgium 2040 n’est pas le premier à faire le constat des multiples défaillances de la Belgique : des services publics obèses et inefficaces, des déficits budgétaires perpétuels et un niveau de dettes publiques calamiteux, un taux d’emploi beaucoup trop faible – surtout du côté wallon et bruxellois -, des résultats médiocres, sinon exécrables, dans les tests mesurant la maîtrise des savoirs des élèves de l’enseignement belge sur le plan international, etc.

Comment se fait-il que, malgré toutes les analyses qui ont été publiées, l’on en soit encore là, à ne rien faire, alors que les exemples de ce que l’on pourrait et devrait faire abondent dans d’autres pays où ils ont été mis en place avec succès. La raison, écrivent Aernoudt et De Keyzer, réside dans notre culture. Nous sommes un pays dans lequel la stabilité a rang d’art, quitte à payer bonbon pour régler les désaccords le long des lignes de fracture (communautaires, socio-économiques, idéologiques, en veux-tu en voilà).

Nous sommes aussi un pays dans lequel tout le monde est compétent et personne n’est responsable. La recherche de l’égalité prime sur celle de l’excellence. Il se fait que dans le monde contemporain l’immobilisme et la médiocrité mènent tout droit à l’insignifiance. Aernoudt et De Keyzer rappellent, en passant, que nous sommes tributaires de la Banque centrale européenne sur le plan monétaire, de l’Union européenne sur le plan législatif, des Etats-Unis sur le plan de la défense, de la Chine sur le plan industriel, et – faut-il l’ajouter – d’autres pays encore, pas nécessairement bienveillants, sur le plan de l’énergie. Les marges de manoeuvre sont étroites, il faut les utiliser de manière pragmatique.

La Belgique SA, un entre-soi florissant

Quelle sottise politique, en la circonstance, de nous priver de la plupart de nos réacteurs nucléaires ! Mais voilà, c’est un autre aspect de la culture politique belge : nombreux sont ceux qui en ont fait leur métier, car ils ne sauraient pas quoi faire d’autre et ils ne gagneraient en tout cas jamais autant en faisant autre chose. Certains en ont même fait une entreprise familiale. Ce ne sont évidemment pas des gages de qualité. Les intérêts personnels et carriéristes l’emportent sur l’intérêt général.

Aernoudt et De Keyzer mettent bien sûr aussi l’accent (comme le journaliste Ivan De Vadder l’avait fait dans Wanhoop in de Wetstraat) sur le détournement de la démocratie en Belgique par les partis et, en particulier, leurs présidents, lesquels nomment et révoquent selon leur bon gré, notamment ceux qui sont censés vous représenter, et ne s’entourent pas nécessairement des meilleurs. Les partis se partagent 100 millions d’euros de dotations par an et disposent d’un trésor de guerre bien garni (150 millions d’euros à fin 2023, selon les auteurs), sans compter que les cabinets ministériels leur fournissent de la main d’oeuvre inféodée et financée par « l’Etat », comme de bien entendu.

La particratie belge sévit aussi dans l’administration. Celle-ci est « totalement » politisée, affirment les deux auteurs. « On » n’hésite d’ailleurs pas à créer des institutions afin de coller au plus près de la configuration politique issue des dernières élections en date. Le résultat est que près d’un Belge sur cinq travaille pour l’Etat et que cette administration pléthorique est la plus coûteuse des pays de l’OCDE et figure parmi les plus inefficaces dans les indices internationaux de performance (Banque mondiale, BCE). Les clients du monopole Belgique SA (les contribuables) paient cher et vilain (50 % du PIB en impôts et prélèvements) pour un service qui est moins cher et meilleur à l’étranger.

Mieux et moins cher ailleurs

Aux fins de comparaison, l’on pourrait se tourner vers les Pays-Bas. Le financement des partis y est limité et il n’y a pas de cabinets ministériels (les ministres s’appuient sur l’administration). Mais, il y a, bien sûr, un pays qui présente encore plus de similitudes, sauf du point de vue relief et littoral : la Confédération suisse, dont la devise est celle de d’Artagnan et des trois mousquetaires, « Unus pro omnibus, omnes pro uno », finalement pas si éloignée de l’esprit de la devise de la Belgique.

La Suisse confédérale, insistons-y, est formée de 26 cantons et comporte quatre langues nationales, mais, il n’y a pas de culte de la personnalité (les sept membres du Conseil fédéral le président à tour de rôle) ; les revenus totaux des partis représentent l’équivalent de 2,18 € par habitant (moins du quart de ce que la Belgique alloue en dotations publiques aux partis, à la différence supplémentaire qu’en Suisse 90 % des budgets des partis ne sont pas à charge des contribuables) ; il y a un nombre limité de politiciens professionnels et il n’y a pas de cabinets ministériels ; l’administration est dépolitisée ; la population est régulièrement consultée par voie de référendum.

Il y a pour la Belgique par rapport à ces différents points matière à émulation et surtout à économies de plusieurs centaines de millions par an. Un retour à la démocratie représentative et responsable en Belgique passe par une réforme en profondeur de l’embrouillamini institutionnel belge. Aernoudt et De Keyzer suggèrent d’y procéder sur une base territoriale avec trois niveaux de pouvoirs (fédéral, régional et communal) et une hiérarchie claire dans les compétences et les normes des trois niveaux.

Si la Belgique veut redresser sa barque avant qu’elle ne coule (« Wie de realiteit ontkent, gaat ten onder », écrit l’entrepreneur Louis Jonckheere dans son excellente préface à l’édition en néerlandais), il faut un changement de mentalité radical : une plus grande confiance dans les entreprises comme moteurs de prospérité et d’innovation, une plus grande confiance dans la capacité des citoyens de résoudre eux-mêmes leurs problèmes, une plus grande confiance dans l’avenir. Quant à savoir comment une classe politique qui se nourrit du système pourrait être amenée à en changer, la réponse reste dans les limbes.

Belgium 2040, Van stilstand naar strategie, Rudy Aernoudt et Peter De Keyzer, 192 p, Ertsberg. (Aussi disponible en français aux éditions Mardaga.)

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4 commentaires

  1. Votre analyse est une évidence! Je constate depuis longtemps que plus grand obstacle à la révision du système belge est justement cet « embrouillamini institutionnel belge » qui occulte la compréhension de l’électeur. Celui-ci est désespéré lors des élections « démocratiques » de ne pas savoir choisir une « élite » à qui confier les rênes du pouvoir. Le nombre de votes blancs (ainsi que les refus de voter… punissables ???) sont en constante augmentation. Cela montre une nette tendance au dégoût du système. Mais la « caste » des politiciens n’en a cure. Ils évoluent en « famille » .. entre amis… entre collègues.. qui parfois changent même de parti. S’il y a un besoin, une place à combler?.. on engage un »sportif connu », un journaliste… et même une speakerine de JT, qui après sa « prestation ministérielle » (avec selfies journaliers) se retrouve commissaire EU !! Dans cet embrouillamini on cultive aussi les « cordons sanitaires » afin de renier les éventuels choix « contraires » des électeurs. Je saurais en raconter encore beaucoup, mais je m’arrête ici, profondément dégouté des irresponsables politiciens actuels. Leur « entre-soi » est la preuve de leur inutilité servile et de leur asservissement au système suicidaire de l’actuelle EU et sa Commission au pouvoir grandissant, bien rares sont ceux qui s’y opposent ouvertement. Salukes.

  2. OUI, la recherche de l’égalité prime sur celle de l’excellence – c’est l’annonce de notre ruine – et cela est bien visible dans les écoles où les élèves ne savent plus lire ni écrire ni calculer mais ont « droit » à de bons points!

  3. Nous avons trop de « politiciens », pas assez d’Homme d’État.
    Les uns pensent aux prochaines élections, les autres aux prochaines générations….

  4. Notre Etat, devenu obèse et dysfonctionnel, est aux mains d’une oligarchie médiatico-politique largement pénétrée par l’esprit de connivence, de népotisme et de copinage. La question est dès lors savoir où se situe le curseur : l’oligarchie est-elle encore au service de la démocratie, ou la démocratie est-elle désormais au service de l’oligarchie ?

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