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« Les Traîtres » (Ivan Rioufol) : Ils ont abandonné la France !

« Les Traîtres » (Ivan Rioufol) : Ils ont abandonné la France ! Posted on 10 avril 2020Laisser un commentaire

Certes, comme le fit remarquer un éminent lecteur de Palingénésie à la suite du billet du lundi 6 avril 2020 à propos du nouveau paradigme anti-libéral et anti-capitaliste que le président de la République a annoncé aux Français dans son adresse du 12 mars 2020, les gesticulations politiques des dirigeants français n’intéressent qu’eux et, éventuellement, leurs homologues wallons et franco-bruxellois de Belgique.

Le monde continue à se développer et n’a que faire du nombrilisme français, fût-il transposé au niveau de l’UE que la plupart des dirigeants français ne voient sans doute que comme une manière de projeter leur « grandeur » à une échelle que le poids de la France seule, dans la population et les affaires du monde, ne leur permet plus d’atteindre.

Mais, Palingénésie s’adressant surtout à des lecteurs français et belges francophones, restons encore un instant en « macronie » avec l’un de ses plus valeureux pourfendeurs, l’éditorialiste (au Figaro) et essayiste Ivan Rioufol et faisons plus ample connaissance avec Les Traîtres, ces « Tartuffe » qui ont fait que « la France jadis joyeuse et chantante [soit] désormais le pays le plus pessimiste au monde » et, pire, qui l’ont abandonnée.

La brutalité de la répression des Gilets jaunes est, selon Rioufol, un révélateur de la pente autoritaire du pouvoir français et du sentiment de supériorité qui habite l’intelligentsia parisienne et qu’exprima l’acteur François Berléand, un proche du président de la République, quand il s’exclama sur RTL : « Moi, depuis le début, ils me font chier les Gilets jaunes ! »

Le sentiment de supériorité des (pseudo-)intellectuels qui s’éprennent d’idéologie et prônent l’ordre et l’Etat fort, Julien Benda, cité par Ivan Rioufol, l’avait déjà dénoncé, en 1927, chez les nationalistes, les fascistes et les communistes (Sartre : « Tout anti-communiste est un chien »), dans La trahison des clercs : « L’Etat doué d’ordre (…) n’accorde pas de droits à l’individu, si ce n’est, au plus, à celui d’une certaine classe. Il ne conçoit que des hommes qui commandent et d’autres qui obéissent. »

Pour s’accrocher à leur pouvoir, « ces gens-là oseront tout, prédit Rioufol, même le pire », y compris pactiser avec le diable, et il en veut pour preuve l’infiltration des Gilets jaunes par des groupuscules extrémistes qui ont semé la violence urbaine et se sont livrés au pillage « avec la bienveillance de la préfecture de police de Paris ».

La dérive autocratique et illibérale de ce que Rioufol appelle « la macrocrature » se manifeste aussi dans ce que Platon qualifiait de « perversion de la cité par la fraude des mots », la pensée unique ; la conversion du pouvoir à l’écologisme et à « ses croyances imperméables à la raison », qui consistent en un universalisme comme l’était le communisme ; le déséquilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, la soumission du judiciaire étant amplifiée par le militantisme « progressiste » de certains juges…

Que la « macronie » ne supporte pas la contradiction ni le pluralisme, son attitude prétentieuse vis-à-vis des Gilets jaunes en atteste. Cependant, « faites attention, avertissait Albert Camus, cité par Rioufol, quand une démocratie est malade (était-ce le sens de l’adresse présidentielle du 12 mars ?), le fascisme vient à son chevet, mais ce n’est pas pour prendre des nouvelles. »

Ivan Rioufol plaide pour redécouvrir le vrai libéralisme, celui qui préserve de l’idéologie totalitaire de la gauche et des mots d’ordre des syndicats contre le libéralisme dans une France qui compte six millions de fonctionnaires et dont les dépenses publiques s’élèvent à 57% du produit intérieur brut. C’est, selon l’auteur, dans la ligne de la pensée libérale que s’inscrit le mouvement des Gilets jaunes quand ils réclament « moins d’impôts, moins de taxes, moins d’Etat, moins de réglementations, plus de proximité, plus de localisme, plus de pragmatisme ».

Le rétablissement de la démocratie et le retour à la liberté de penser à laquelle une large majorité du peuple français aspire, la « révolution française, conservatrice, nationale, libérale, sociale » qu’Ivan Rioufol prêche dans Les Traîtres, pamphlet d’une écriture leste et d’une rare véhémence paru chez Pierre-Guillaume de Roux, la fin de l’« Etat intrusif et incompétent », la crise du Covid-19 pourrait la précipiter.

En effet, si le PIB recule d’une dizaine de pourcents, les dépensent publiques dépassent allègrement les 60% et nombre de petits commerces et industries disparaissent, la France pourrait, bientôt, avoir le choix entre se transformer en une république vénézuélienne ou en une république libertaire. Les Français en auront-ils l’ambition, le courage et le réalisme ? Ivan Rioufol cite Victor Hugo : « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue. »

Les traîtres, Ivan Rioufol, 192 pages, Editions Pierre-Guillaume de Roux. (Suivez le lien.)

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