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Le monde après la pandémie de Covid-19

Le monde après la pandémie de Covid-19 Posted on 2 avril 2020Laisser un commentaire

Yuval Noah Harari est connu pour être l’auteur de ses brèves histoires, l’une de l’humanité (Sapiens, un livre vendu à plus de 8 millions d’exemplaires dans le monde), l’autre de l’avenir (Homo deus, un livre vendu à plus de 4 millions d’exemplaires). Il est docteur en histoire de l’université d’Oxford et enseigne l’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem. L’humanité et l’avenir, ce sont les thèmes sur lesquels il est revenu dans un article que le Financial Times a publié dans son édition européenne des 21 et 22 mars 2020.

La tempête passera, l’humanité survivra, écrit-il en substance, mais encore conviendra-t-il de rester attentif à ce que la crise ne change pas fondamentalement les sociétés dans lesquelles nous vivons. Les décisions qu’ont prises et que prendront les gouvernements façonneront le monde pour des années à venir, dans les domaines des soins de santé, de l’économie, de la politique et de la culture.

Il nous a fallu réagir de manière rapide et décisive face à l’urgence du Covid-19. Il faudra à présent subir les conséquences à long terme des décisions qui ont et auront été prises en quelques heures et qui, en temps normal, eussent fait l’objet d’années de délibérations. Les crises ont cette particularité d’accélérer le cours de l’Histoire. Avant même que nous n’ayons eu l’occasion de nous en apercevoir, nous vivons dans un monde différent.

Nos sociétés sont confrontées par le Covid-19 à deux choix particulièrement importants, selon l’historien israélien. D’une part, faut-il soumettre les citoyens à une surveillance à caractère totalitaire ou, au contraire, les responsabiliser ? D’autre part, faut-il privilégier un isolationnisme au niveau national ou, au contraire, une solidarité au niveau global ?

Pour enrayer l’épidémie, il est nécessaire que des populations entières suivent des lignes directrices. La technologie d’aujourd’hui – des capteurs omniprésents, des algorithmes ultra-puissants – permet de surveiller tout le monde tout le temps d’une manière dont le KGB lui-même n’aurait pu rêver de surveiller les quelque 280 millions de ressortissants de l’Union soviétique à l’époque.

C’est la voie qu’a choisie la Chine. Mais attention, prévient Yuval Noah Harari, si « on » vous colle un bracelet biométrique au poignet pour surveiller votre température et vos pulsations cardiaques et si « on » récolte les données en masse, ceux qui auront accès à ces données pourront non seulement savoir que vous êtes malade avant même que vous ne le réalisiez, mais aussi contrôler vos émotions, manipuler votre comportement et vous vendre n’importe quoi, un produit, une idée ou un politicien.

Les mesures temporaires, poursuit l’historien, ont la pernicieuse habitude de survivre aux urgences qui ont justifié qu’on les prenne. Il y aura bien toujours une nouvelle urgence à l’horizon, que ce soit la crainte d’une résurgence de la dernière pandémie ou celle d’une nouvelle maladie infectieuse. Quand il leur faut choisir entre leur vie privée et leur santé, les gens opteront à tous les coups pour leur santé. Or, ce choix est faux : il est possible de bénéficier des deux, vie privée et santé.

Pour autant que les autorités publiques jouissent de la confiance des citoyens et les responsabilisent en les informant de manière factuelle et véridique, lesdits citoyens coopéreront volontairement à la mise en place des solutions beaucoup plus efficacement qu’une population ignorante qui y serait contrainte. De ce point de vue, le Covid-19 se présente comme un test majeur de gouvernance et de citoyenneté.

La question que pose Yuval Noah Harari dans son Homo deus est de savoir si, après avoir conquis le monde et lui avoir donné du sens, l’Homme perdra le contrôle de son devenir sous la double action de la multiplication des capteurs de données et de leur analyse par des algorithmes non conscients et hautement intelligents qui savent mieux que l’Homme ce qui est bien pour lui et finissent par mettre l’humain hors jeu face à une nouvelle élite aux pouvoirs « améliorés ». La pandémie de Covid-19 nous a-t-elle amenés à ce stade de l’Histoire ?

La tempête passera, certes, mais l’humanité, au sens premier et philosophique du terme (par opposition à divinité et à animalité), survivra-t-elle ?

* * *

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