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Nantis de gauche, travailleurs de droite

Nantis de gauche, travailleurs de droite Posted on 3 août 2020Laisser un commentaire

Lorsque le Labour, le parti travailliste, fut créé au Royaume-Uni à la fin du 19e siècle, il s’adressait, comme son nom l’indique, aux travailleurs, aux « blue collar workers » qui constituèrent longtemps sa base électorale. Ce n’est plus le cas, rapporte Jurgen Ceder dans un récent article paru dans l’hebdomadaire satirique flamand ‘t Pallieterke.

Une analyse des résultats des dernières élections parlementaires au Royaume-Uni a révélé que 48 % des travailleurs ont voté pour l’ennemi juré, le pari conservateur de Boris Johnson, jadis le refuge des nobliaux et des riches bourgeois, alors que le Labour ne charmerait plus que 33 % de la classe laborieuse. C’est désormais auprès de l’élite britannique que le parti travailliste recueille la plupart de ses suffrages, alors que Boris Johnson ne récolta les suffrages que d’un quart du segment le plus instruit de la population.

C’est d’autant plus étonnant que le Royaume-Uni est connu, aujourd’hui encore au 21e siècle, pour la rigidité de son système de classes et son manque de mobilité sociale. Les deux partis politiques dominants du pays ont subrepticement et en un tour de main échangé leurs électorats sociologiques, constate Jurgen Ceder dans son article.

Ce phénomène n’est pas propre au Royaume-Uni. Dans le reste de l’Occident, les partis de gauche se sont aussi aliéné leur public traditionnel et lui ont substitué un électorat affluent. En Belgique, ce sont les écolos qui ont capté la frange aisée de l’électorat, comme l’a admis par inadvertance Walter Van Besien, bien placé pour savoir de quoi il parlait puisque c’est un ancien président du parti écolo flamand Groen. En Flandre, ça fait déjà un bon moment que la voix de l’homme du peuple ne se porte plus sur le parti socialiste, aujourd’hui le sp.a, mais sur le Vlaams Belang (dont le programme économique a, soit dit en passant, été mis au diapason).

La société ne cesse de se fragmenter. Alain Eraly le relevait dans son dernier ouvrage, Une démocratie sans autorité, dont Palingénésie a publié une recension. L’ancienne fracture marxiste capital-travail s’estompe, encore que certains s’acharnent à s’y référer. Il n’y a pourtant plus de discussions sur les fondements socio-économiques de notre société. Par contre, d’autres lignes de rupture sont apparues, autour des thématiques du climat, de l’immigration et de l’égalité.

Pour Jurgen Ceder, les choix idéologiques que les partis de gauche ont posés par rapport à ces thématiques, en sacrifiant tout sens des réalités et en le remplaçant par un prêchi-prêcha vertueux, les ont éloignés de leur base historique. Dans les pays où les élections se déroulent suivant la règle proportionnelle, cela a suscité l’émergence de nouveaux partis. En région flamande de la Belgique, par exemple, les partis traditionnels ne représentent plus qu’environ un tiers des voix.

Dans les pays où les élections se déroulent au scrutin majoritaire, essentiellement entre deux partis, comme aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ce sont des courants au sein même des partis dominants qui témoignent des nouvelles lignes de faille.

La principale d’entre elles, dans tout l’Occident, est celle qui sépare les « anywhere » (les nomades) et les « somewhere » (les sédentaires). Selon la description qu’en fait Bruno Colmant dans son dernier opus, Hypercapitalisme (dont Palingénésie publiera une recension bientôt), les premiers se distinguent des seconds en fonction de leur aptitude à se mouvoir dans la nouvelle économie numérique et à se détacher de leur ancrage territorial.

D’après Jurgen Ceder, il y a, d’un côté, un groupe prospère, bien éduqué et cosmopolite qui adhère à des conceptions libérales de gauche, et, de l’autre côté, un groupe proche de ses racines et plutôt conservateur sur le plan social. Certes, le premier groupe est minoritaire, mais il est dominant dans les médias, l’enseignement et la culture, où l’on tente d’ignorer, voire de rendre suspectes et de condamner les opinions du second groupe.

L’Internet et les réseaux sociaux ont mis fin au monopole des médias officiels. Faut-il s’étonner que des multinationales dirigées par des gens qui appartiennent à la bulle idéologique des nomades, que ce soit par cynisme, par idéalisme ou sous la pression de leurs pairs, s’irritent immensément de ce que la majorité ait trouvé une voix et un forum pour la faire entendre ?

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