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La Wallonie sur la route de la servitude?

La Wallonie sur la route de la servitude? Posted on 9 juillet 20223 Commentaires

La Route de la servitude est le titre de l’essai du philosophe et économiste Friedrich Hayek paru en 1944 sous le titre original The Road to Serfdom. Hayek y soutient que l’interventionnisme de l’État restreint toujours davantage les libertés individuelles et conduit nécessairement au totalitarisme, et immanquablement au servage de ceux qui y sont soumis.

Ce n’est toutefois ni de ce livre clé pour comprendre l’histoire du XXe siècle, ni de ce penseur phare pour suivre celle du XXIe, qu’il sera question ici, mais bien de servitude, de totalitarisme et d’un auteur, Drieu Godefridi, qui fonda et présida l’Institut Hayek et s’inquiète dans son dernier opuscule, Du fédéralisme au communisme ?, de la trajectoire politique prise par la Wallonie.

C’est que, faut-il bien constater, les Wallons votent en masse pour des partis à l’extrême gauche du paysage politique, à savoir Ecolo et le PTB, lequel se revendique explicitement dans ses statuts du marxisme et du communisme, de Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong et même des Khmrers rouges, et présente le massacre de centaines voire de milliers de manifestants pro-démocratie sur la place Tian’anmen à Pékin en 1989 comme la « suppression d’une émeute contre-révolutionnaire » ! Autant savoir, comme on disait jadis à la RTBF (le service public de radio télévision belge francophone, pour info à l’intention de nos nombreux abonnés en France, en Suisse et en Amérique du Nord).

Partager la misère

Le socialisme clientéliste et affairiste (dans tous les sens du terme) a tant fait en Wallonie ce dernier demi-siècle qu’il s’est fait rattraper sur les flancs par l’écologisme et, surtout, le communisme, le PS par Ecolo et le PTB (ses électeurs préférant l’original à la copie), la vertu cardinale de ces diverses formes de socialisme restant, comme Churchill l’a dit dans un discours qu’il prononça le 22 octobre 1945 devant le Parlement britannique, de partager la misère. La Wallonie n’y a pas échappé.

Drieu Godefridi n’est pas le premier, ni le dernier, à en dresser le constat. Déjà Rudy Aernoudt, l’économiste et professeur de l’UGent, qui avait été invité récemment au B19 à Jette, avait en des temps plus éloignés où il était chef de cabinet d’un ministre wallon, prédit que, tant que le PS resterait au pouvoir, la Wallonie ne se redresserait pas.

Reste que la Wallonie semble engagée dans un « cube de la loose », « un système remarquablement perdant-perdant-perdant ». Drieu Godefridi en accuse une acculturation des consciences wallonnes, via le service public de radio-télévision et les médias privés subsidiés et l’enseignement qui se sont ingéniés à leur inoculer, au sens où l’entendait le théoricien marxiste Gramsci, les vérités culturelles du socialisme wallon, à commencer par la primauté du secteur public sur le privé, du non marchand sur le marchand, de la pensée égalitaire et de la patience, car demain, c’est sûr, on rasera gratis.

Entre-temps, c’est la Flandre qui règle la note, à concurrence de 6 milliards d’euros par an. Sachant, précise Drieu Godefridi, que les recettes fiscales propres de la Wallonie s’élèvent à 15 milliards, les six milliards transférés par la Flandre en représentent 40%. Ce n’est pas rien !

Certains contestent la nature inter-régionale de ces transferts et les présentent comme des transferts principalement interpersonnels, à savoir que ceux qui travaillent paient les indemnités sociales de ceux qui ne travaillent pas, mais il se fait précisément qu’il y a proportionnellement beaucoup plus d’actifs en Flandre qu’en Wallonie – et que dans la région de Bruxelles-Capitale (aussi dirigée par un ministre-président socialiste). On en revient fatalement aux orientations de la politique économique et sociale.

Echeveau institutionnel

L’écheveau institutionnel du fédéralisme belge explique bien des dérives et des délires. Les Wallons n’en sont pas seuls responsables, bien que ses mandataires participent bien sûr aux marchandages des compétences entre les différents niveaux de pouvoir. C’est d’ailleurs en partie ces marchandages qui valent à la Wallonie les transferts financiers de la Flandre, laquelle est demandeuse de toujours plus d’autonomie (et marchande de nouvelles compétences en échange de compensations financières).

Le système fédéral belge a institué l’irresponsabilité. La crise du coronavirus en a fait la dramatique démonstration. Démembrer une compétence – la santé, par exemple – et la « pulvériser » comme des « éclaboussures de Jackson Pollock » entre l’Etat fédéral, les régions et les communautés ainsi que des commissions ad hoc a abouti non seulement à ce qu’il y ait neuf ministres de la santé et qu’aucun en particulier ne soit responsable, mais aussi à ce que, tous les principaux partis politiques étant présents à l’un quelconque des niveaux de pouvoir et dans l’un quelconque des gouvernements, il n’y ait plus d’opposition politique digne de ce nom en Belgique. C’en est, curieusement, un aspect rarement évoqué.

En guise de conclusion de son pamphlet, Drieu Godefridi envisage plusieurs scénarios pour l’avenir de la Wallonie. Le plus improbable, voire impossible et impensable, selon lui, serait que la Wallonie se réforme complètement. Ce ne serait pourtant pas une première. Singapour en a fourni l’exemple. Après son exclusion de la Fédération malaise (1965), en proie à un manque de ressources naturelles et à des problèmes socio-économiques importants (des émeutes raciales, un chômage massif, des difficultés de logement et d’accès à l’eau), l’Etat de Singapour a éradiqué le chômage en douze ans.

Abritant moins de 2 millions d’habitants à l’époque, plus de six millions aujourd’hui, la cité-Etat est devenue l’un des pays les plus développés et les plus prospères du monde, en matière d’économie, d’éducation, de santé, de sécurité et d’urbanisme. Discipline, esprit de compétition, méritocratie : n’est-ce pas ce qui caractérise les équipes qui gagnent ? Ajoutons-y, nous souvenant de ce qu’il n’y a pas de croissance économique sans entreprises, ni d’entreprises sans entrepreneurs, l’Etat de droit (l’égalité de tous devant la loi et l’indépendance du pouvoir judiciaire) et la responsabilité.

Pourquoi la Wallonie ne s’inspirerait-elle pas de ce qui marche ? Encore faudrait-il, c’est vrai, qu’un parti politique se démarque des autres et formule le projet de rompre avec les idéologies mortifères et ce qui ne marche pas. « Tirons notre courage de notre désespoir même ! » écrivit Sénèque. C’est l’alternative qui est insupportable à penser.

Du fédéralisme au communisme ?, Drieu Godefridi, Texquis, 90 pages.

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INVITATION EXCEPTIONNELLE

Drieu Godefridi débattra de son essai au Club de PAN de ce mardi 12 juillet 2022, de 11 heures à midi, au B19, avenue Van Bever 17-19 à Uccle. Les abonnés de Palingénésie sont gracieusement invités. Il est toutefois nécessaire de s’inscrire au préalable. Suivez le lien pour tous les renseignements.

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(Cet article a été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4042 du mercredi 29 juin 2022.)

 

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3 commentaires

  1. Felicitations! Felicidades, por un artículo clarividente. En Espagne, un tiers de la population reçoit une aide de l’Etat, c’est aussi une société soumise, avec un gouvernement à tendances totalitaires.

  2. MERCI pour ce texte clair et précis! Je commande le livre à ma librairie, précise que l’enseignement wallon a été plus « rapide » que le flamand dans la destruction, que l’esprit critique n’est plus de mise dans une école où même les enseignants manquent d’instruction… PS : J’aime tout particulièrement Sénèque, le stoïcisme.

  3. Sage rappel ! Alain Destexhe (La vérité des chiffres) faisait déjà à peu près les mêmes constats. Haussement d’épaules, indifférence quasi générale ; pour beaucoup, la vérité est insupportable.

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