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Le capitalisme : stop ou encore ?

Le capitalisme : stop ou encore ? Posted on 22 mai 2021Laisser un commentaire

L’austérité salariale serait, d’après l’économiste Patrick Artus et la journaliste Marie-Paule Virard dans La dernière chance du capitalisme, leur essai paru ce mois-ci chez Odile Jacob, « la caractéristique la plus emblématique du capitalisme néolibéral ». C’est leur thèse.

En 30 ans, de 1990 à 2019, le salaire réel des salariés, c’est à dire leur salaire nominal corrigé de la hausse des prix, n’aurait progressé que de 23% en moyenne dans l’ensemble des pays de l’OCDE alors que la productivité aurait augmenté de 49%.

Remarquons tout d’abord que si l’Organisation de coopération et de développement économiques compte 37 membres, la plupart des pays développés et démocratiques du monde, dont le PIB total représente les deux tiers du produit mondial brut (c’en était 80% en 2009), elle ne constitue pas un bloc économique homogène.

En effet, parmi ses membres figurent 22 pays de l’UE (un ensemble déjà disparate en soi), les trois pays d’Amérique du Nord (idem), l’Australie, le Chili, la Colombie, la Corée du Sud, l’Islande, Israël, le Japon, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, la Suisse, la Turquie. En tirer des plans sur la planète semble pour le moins hardi.

Ensuite, si de l’avis des auteurs une déformation du partage des gains de productivité entre parties prenantes (au détriment des salariés et en faveur des détenteurs du capital) constitue l’emblème de nos économies contemporaines, ils constatent eux-mêmes qu’il existe deux exceptions notables, la France et l’Italie, où la progression des salaires réels (du pouvoir d’achat) a été supérieure à celle de la productivité, l’une parce qu’elle a adopté des politiques de redistribution et de protection « plus généreuses » qu’ailleurs, l’autre parce que la productivité n’y a pas augmenté.

Avec de telles exceptions, la thèse suivant laquelle tous nos malheurs proviendraient du capitalisme néolibéral et de l’austérité salariale qu’il aurait instituée reste-t-elle valide et, dans le cas de la France, voire d’une grande partie de l’Europe, le statut d’exception lui a-t-il été bénéfique ? (Que l’on relise la chronique de la semaine passée sur les prouesses de l’Europe dans le domaine de l’IA…)

Capitalisme populiste…

Les auteurs poursuivent leur « démonstration » en déclarant ex abrupto qu’à partir des années 1990 les choix des « élites anglo-saxonnes » exercent un poids décisif sur la politique économique des pays de l’OCDE et que déjà dans les années 1980 mais plus encore dans les années 1990 la quête de la rente a pris le pas sur tout le reste.

« Nous pensons, écrivent-ils, que l’essentiel des désordres engendrés par le capitalisme néolibéral découle de cette exigence anormalement élevée de rentabilité du capital pour l’actionnaire et de ce déséquilibre structurel qui s’installe dans le partage des revenus avec la période Thatcher/Reagan. »

S’il est une critique recevable du capitalisme américain, c’est qu’à un certain niveau il s’est empreint au fil des années d’un « populisme nationaliste » qui finalement, par des mesures protectionnistes, l’absence de contrôle des monopoles et d’autres interventions de l’administration américaine dans des secteurs clefs (IA, Big Pharma, aviation civile et militaire, espace…), font que ledit capitalisme se rapproche plus du capitalisme de connivence, voire à la chinoise, que de ce que l’on affuble à tort et à travers de l’étiquette de capitalisme néolibéral.

Quoi qu’il en soit, le capitalisme néolibéral prétendument responsable d’une déformation du partage des revenus en faveur des détenteurs du capital ne concerne pas la France puisque précisément cette déformation s’y produit en faveur des salariés ; inégalités et pauvreté y sont moindres, protections sociales et redistribution y sont supérieures par rapport au reste de l’OCDE. Aussi, faut-il chercher raisonnablement ailleurs que dans une influence néolibérale d’origine anglo-saxonne les raisons des tensions sociales qui se manifestent en France !

… et capitalisme délétère

Les auteurs en conviennent, de même qu’ils admettent que la perte d’emplois industriels qualifiés et sophistiqués en France n’est pas due, contrairement à une idée reçue, à la globalisation, de laquelle les joyaux industriels du CAC40 et leurs salariés français ont plutôt la chance de profiter que la mauvaise fortune de souffrir.

Que les destructions d’emplois dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et d’autres n’ont rien de la destruction créatrice schumpétérienne et tout du bousillage jupitérien de l’Olympe européen aux prises avec ses lubies idéologiques, pendant combien de temps encore se refusera-t-on de s’en aviser ?

Que l’euro, une autre fausse bonne idée dans la pratique, soit en partie indirectement responsable de la situation économique actuelle, faute à un manque de sagacité et de discipline budgétaire à la suite de la baisse drastique des taux d’intérêt en ayant accompagné l’introduction à l’époque et depuis, qui le niera encore ?

Dans un moment de pleine conscience reaganienne qui permet d’espérer qu’ils ne soient pas gagnés totalement au néo-keynésianisme et aux autres fausses croyances de notre temps, Patrick Artus et Marie-Paule Virard reconnaissent que « nos malheurs ont partie liée avec un problème d’offre », nonobstant que ce soit toujours plus du côté de la demande que « les uns et les autres » cherchent les solutions aux problèmes que leurs impérities ont créés.

Le capitalisme occidental d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec le libéralisme économique, « néo » quoi ou qu’est-ce. Les Etats ont transformé le système économique en un capitalisme de l’endettement avec une création monétaire monstrueuse, supposée inciter les entreprises à investir et les ménages à consommer, donc à soutenir l’activité et la croissance et à exercer une pression à la baisse sur le prix des actifs.

C’est tout le contraire qui est en train de se passer et l’engrenage est diabolique. Cette chronique y reviendra la semaine prochaine.

La dernière chance du capitalisme, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, 192 pages, Odile Jacob.

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(L’article ci-dessus a initialement été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 3983 du vendredi 14 mai 2021.)

 

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