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« Gouverner c’est mentir » : Le triomphe des idées fausses et des intérêts forts

« Gouverner c’est mentir » : Le triomphe des idées fausses et des intérêts forts Posted on 16 octobre 2020Laisser un commentaire

Gouverner c’est mentir : la parole officielle est-elle crédible ? s’interroge Rémy Prud’homme. Que ne nous bassine-t-on, par exemple, avec la déforestation de la planète en criant haro sur le dérèglement du climat ! « Qu’est-ce qu’il [sic!] se joue réellement aujourd’hui au niveau mondial ? » La question est posée, en français approximatif, sous la rubrique « climat », sur le site de LREM, La République En Marche, le parti du Président Emmanuel Macron.

Comment le site Internet du parti au pouvoir en France pourrait-il ne pas constituer une source fiable d’informations pour se faire une idée de la question ? Voyons ce qu’il répond: « 1 km² de forêt disparaît à chaque seconde dans le monde. » Rien que ça ! 60 secondes x 60 minutes x 24 heures x 365 jours, ça fait quand même 31.536.000 (plus de trente-et-un millions) de km² de forêt qui disparaîtraient chaque année au niveau mondial.

Il existe une agence des Nations unies, la FAO, qui tient l’inventaire des ressources forestières mondiales. Cette agence les évalue à 41 millions de km² et la déforestation annuelle à 0,8% de ces ressources, soit 33.000 (mille) km², soit 1.000 fois moins que les experts du parti du Grand Sachant, experts qui tiennent eux-mêmes leurs chiffres des experts de France 24, c’est à dire d’une chaîne de télévision d’État. Le plus significatif est que les responsables du site de La République En Marche, mis au courant de leur grossière erreur commise en 2017, n’ont pas jugé opportun de la corriger !

Faire peur, recette éprouvée

C’est l’un des douze gros mensonges publics que Rémy Prud’homme analyse dans Gouverner c’est mentir. Il conclut de cette affirmation publique doublement foireuse, dans sa formulation et dans son contenu, que le parti du président de la République française se moque bien des forêts. Il n’est pas à leur service, ce sont les forêts qui sont au service du parti au pouvoir et celui-ci s’en sert pour faire peur et se faire valoir comme recours. La recette existe depuis la nuit des temps, elle a été éprouvée par les Eglises.

Dans le même registre, le prédécesseur d’Emmanuel Macron, François Hollande, n’avait pas hésité, en sa qualité de président de la République, lors d’un voyage aux Philippines pour promouvoir la conférence de Paris de 2015 sur le climat ainsi que, plus tard, à la tribune des Nations unies à New York, à établir un lien entre les tremblements de terre, tsunamis, typhons et autres cataclysmes et le prétendu dérèglement climatique, alors que l’origine tellurique des uns n’est contestée par aucune évidence scientifique et que le GIEC lui-même reconnaît que les cyclones semblent diminuer en fréquence et en force.

FAO en ce qui concerne la déforestation, GIEC pour le climat, il est douteux que des agences qui ont été créées par l’ONU pour surveiller ces phénomènes n’en minimisent la portée et les effets… Et pourtant, en France, l’un des deux membres de l’axe sur lequel repose la construction européenne, les plus hautes instances officielles n’ont pas hésité à enfouir faits et effets sous une couche d’intox, d’affirmations inexactes, infondées, absurdes.

Que la parole officielle s’avère de moins en moins crédible et crue n’est-il pas à l’origine de la perte de confiance des citoyens dans les institutions publiques ? A partir de son analyse de douze cas de mensonges avérés et représentatifs dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et de la société, Rémy Prud’homme en étudie dans Gouverner c’est mentir la typologie, la physiologie (les causes intellectuelles, sociales, technologiques, politiques), les conséquences et les remèdes.

Typologie et causes des mensonges publics

Il distingue trois familles de mensonges publics (les mensonges par omission, par sélection et par analyse) et y voit six causes, dont la principale est la multiplication des normes, contraintes, réglementations et taxes correspondant à un élargissement continu du champ d’action de l’État et de ses modes d’intervention et, concomitamment, de l’espace dans lequel le mensonge public s’exerce, d’autant plus facilement que la complexification de la vie administrative dresse des barrières épistémologiques à l’entendement du plus grand nombre.

Une autre cause des mensonges publics est que le monde occidental est en panne de croyances. Jésus et Marx ont quitté le devant de la scène et ils ont laissé un vide. L’écologisme et ses variantes (réchauffisme, environnementalisme, biodiversitisme) présentent toutes les caractéristiques d’une idéologie de rechange pour prendre le relais et, à cet égard, ne faut-il pas voir dans l’encyclique Laudato Si’ du pape François un appel aux chrétiens à se convertir à un messianisme écologiste teinté de communisme ? Malraux l’avait prédit, rappelle Rémy Prud’homme, « le XXIe siècle serait religieux ou ne serait pas ».

Une autre cause des mensonges publics est le recul des contre-pouvoirs, en particulier les médias qui constituaient de précieux garde-fous avant que leur structure ne change (de la presse écrite à la radio, puis à la télévision, enfin aux réseaux) et qu’ils ne s’adonnent au culte de l’immédiateté et de l’émotion, les empêchant de vérifier les faits et de les mettre en perspective, voire qu’ils n’épousent la doxa officielle car leurs pertes de lecteurs et de revenus publicitaires les asservissent à l’État qui leur octroie des subsides de fonctionnement.

Une autre cause encore des mensonges publics est la politisation de la science, laquelle se conforme de plus en plus à un modèle de type soviétique pourtant bien moins fécond que le modèle américain (d’où sont issus la plupart des Prix Nobel).

Crise de confiance et violence

« La menterie engendre la menterie » et « quand la borne est franchie, il n’est plus de limites. » C’est là l’origine de la crise de confiance du public dans les instances du pouvoir. Les Français se fieraient, par exemple, tout à fait ou en tout cas un peu à leur famille (93%), à leurs voisins (71%), aux hôpitaux (78%), aux PME (78%), à l’armée (74%), à la police (74%), etc. Mais, ils ne sont que 22% à faire confiance au gouvernement et 23% respectivement à l’institution présidentielle, à l’Assemblée nationale et aux médias.

Le coût social en est que la méfiance à l’égard du monde politique engendre la violence alors que la confiance, a fortiori dans un état de droit, conduit à l’apaisement social et la croissance économique.

Rémy Prud’homme cite Paul Valéry (« Le mensonge et la crédulité s’accouplent pour engendrer l’opinion ») et il ajoute : « Le mensonge public apparaît comme un monstre protéiforme qui gagne du terrain dans nos sociétés. Il assure le triomphe des idées fausses et des intérêts forts, ruine la confiance dans les institutions dont nous avons besoin, et précipite notre déclin. »

Comme l’on ne peut imaginer de s’en remettre à l’État pour remédier aux menteries de ceux qui en incarnent le pouvoir et la parole, Rémy Prud’homme préconise dans Gouverner c’est mentir que l’on lutte contre les menteries en ayant recours à titre individuel à un mélange de doute cartésien, de science galiléenne et de tolérance voltairienne.

A compléter par une dose de stoïcisme pour renforcer les défenses immunitaires !

Gouverner c’est mentir, Rémy Prud’homme, 156 pages, Editions du Toucan/L’Artilleur.

(L’article ci-dessus a initialement été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 3952 du vendredi 9 octobre 2020.)

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