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Logique de l’action collective, à l’encontre des idées reçues

Logique de l’action collective, à l’encontre des idées reçues Posted on 9 octobre 20211 Comment

« La seule [civilisation] qui ne se soit pas entièrement disloquée est notre civilisation occidentale et nous tremblons pour elle. »

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Un philosophe du cru (et d’un excellent terroir) s’interrogeait sur ce qu’avaient en commun les guérilleros de la « justice sociale » interprétée à leur façon et les antivaccins. Si peu, en vérité.

En effet, si le mouvement « woke » est typiquement top-down, articulé autour d’une idéologie anti-occidentale, et ne profite finalement qu’à la volonté de pouvoir et à la prospérité de ceux et de celles qui en font la promotion (les exemples de démagogues de l’intérêt général pour qui charité bien ordonnée commence par eux-mêmes foisonnent), le mouvement « antivax », par contre, est quant à lui typiquement bottom-up, idéologiquement invertébré, et il n’enrichit pas ceux qui l’animent.

La Logique de l’action collective, une théorie soutenue par Mancur Olson (1932-1998) dans sa thèse de doctorat à Harvard, puis publiée dans un essai qui est paru en anglais en 1965 et a été publié en 2011 et réédité en 2018 en français par les Editions de l’Université de Bruxelles, rend compte des différences de typologie entre ces mouvements.

Théorie du choix rationnel

Mancur Olson était docteur en économie et a enseigné dans différentes universités américaines. Sa logique de l’action collective s’appuie sur une théorie du choix rationnel, à savoir que les individus effectuent des choix en fonction des coûts et bénéfices des actes qu’ils posent et agissent en fonction de leur intérêt personnel. Cette théorie s’oppose à celle traditionnelle des groupes selon laquelle des individus ayant un intérêt commun s’associeront spontanément pour le défendre.

L’argumentation de l’économiste qu’était Mancur Olson part de ce que l’action collective produit des « biens collectifs » accessibles à tous les membres d’un groupe social donné, que chacun d’entre eux participe ou non à leur production, et qu’en l’absence d’une incitation spécifique certains peuvent se contenter d’un rôle de « passager clandestin » (free rider), c’est à dire égoïstement profiter des biens collectifs sans contribuer à leur production. (C’est pourquoi il est de l’essence du syndicalisme de faire adhérer tous les travailleurs concernés autant que d’organiser des piquets de grève !)

Là où la théorie traditionnelle des groupes affirme que ceux-ci fonctionnent de la même manière quelle que soit leur taille, Mancur Olson fait valoir que leur mode de fonctionnement dépend de leur taille et de leur nature. Par exemple, s’exerce souvent dans les petits groupes une pression sociale incitant les membres à l’action collective, pression qui n’apparaît pas dans les plus grands (exemple ci-après de l’assemblée des actionnaires d’une société cotée en bourse).

D’emblée, signalons que la théorie d’Olson va à l’encontre de la théorie des classes sociales de Marx (ce qui s’est traduit par le recours de ses affidés, Lénine, Trotsky, Staline et consorts, à la terreur afin de convaincre les récalcitrants du « charme universel » de la révolution) et va à l’encontre du rôle de l’Etat tel que le conçoivent d’éminents économistes.

Notons que la Logique de l’action collective de Mancur Olson permet aussi d’expliquer que certains membres d’un petit groupe puissent être disposés à prendre en charge une part disproportionnée des « coûts de production » d’un bien collectif auquel ils aspirent. C’est ou ça a été le cas d’Etats dans l’ONU et l’OTAN par exemple, alors que d’autres optent pour la neutralité, sécurité et prospérité leur paraissant garanties. (Les pactes « QUAD » et « AUKUS » constituent toutefois une indication que les choses pourraient changer en ce qui concerne l’implication des Etats-Unis dans l’OTAN.)

Observons encore que dans les petits groupes, dans lesquels l’unanimité des membres est requise pour entreprendre une action collective, ceux qui font de l’obstruction disposent d’un pouvoir de marchandage disproportionné (pensons, sur le plan politique, à l’UE) et qu’inversement une grande société cotée en bourse est plus souvent gérée conformément aux intérêts de ses gestionnaires que dans l’intérêt de ses actionnaires, lesquels s’activent rarement à s’unir pour chasser les gestionnaires de la place qu’ils occupent.

Behaviorisme social

L’histoire elle-même conforte Mancur Olson dans sa théorie. Il cite à ce sujet le sociologue George C. Homans (1910-1989), considéré comme le fondateur de la sociologie comportementale, dans son ouvrage phare de la sociologie américaine, The Human Group, Social Behavior: Its Elementary Forms, selon lequel au niveau du petit groupe dont les membres se connaissent directement les uns les autres, la société humaine a fait preuve de sa cohésion depuis des millénaires.

Nul doute que ce professeur à Harvard, descendant direct du deuxième et du sixième président des Etats-Unis, John Adams et John Quincy Adams, ait influencé la pensée de Samuel Huntington, professeur à la même université et l’auteur du Choc des civilisations (il en fut récemment question ici même), car Homans releva qu’après avoir fleuri, toutes les civilisations qui avait précédé la nôtre issue du christianisme médiéval, s’étaient désagrégées, sombrant, par une sorte de retour à leur point de départ, dans l’obscurantisme, victimes de l’hostilité réciproque que se vouent de petits groupes dont cette hostilité conditionne la cohésion interne.

« On peut lire cette sinistre histoire racontée éloquemment par les historiens de la civilisation, de Spengler à Toynbee, écrivit George Homans. La seule qui ne se soit pas entièrement disloquée est notre civilisation occidentale et nous tremblons pour elle. [Mais] au niveau de la tribu ou du groupe, la société a toujours su trouver sa cohésion. »

C’est, semble-t-il, à ce processus de désintégration sociale que nous assistons, de part et d’autre de l’Atlantique, dans notre civilisation occidentale, victime d’une trahison des clercs, sous l’emprise de groupes d’intérêts particuliers et de l’obscurantisme écologiste, et non à l’éclosion d’une quelconque forme d’individualisme débridé, encore moins, concédons-le, moralement éclairé et responsable.

Logique de l’action collective, Mancur Olson, Editions de l’Université de Bruxelles, 224 pages.

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(L’article ci-dessus a initialement été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4003 du vendredi 1er octobre 2021. Pour vous abonner au PAN, suivez le lien.)

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1 commentaire

  1. Bonjour monsieur Godefridi ,

    Post intéressant comme toujours et grand merci déjà pour celà .

    Mais je suis probablement un peu moins d’ accord avec vous que d’ habitude !

    Surtout sur le fait que seule la civilisation occidentale est la seule à ne pas s’ être désagrégée car il faut alors considérer que des périodes comme l’ Inquisition , les deux guerres mondiales et en particulier la barbarie nazie ne sont pas des périodes d’ incompétence ( pour être poli ) de cette civilisation. Certains pourraient même citer le colonialisme ou les Guerres napoléoniennes génocidaires par exemple .

    On pourrait par contre citer des tribus amazoniennes comme bon exemple de civilisation pérenne et ce depuis non 2021 années mais un bon 20 000 ans ! L’ explication se trouve probablement dans votre article : de petits groupes avec donc un esprit collectif prévalant sur l’ individuel sans que celui-ci ne soit abandonné pourtant . Évidemment le revers de la médaille de cette stabilité est une non-évolutivité …

    Michel DUBAIL

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