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Autodafés (Michel Onfray) : Damnés pour crime par la pensée

Autodafés (Michel Onfray) : Damnés pour crime par la pensée Posted on 16 octobre 20211 Comment

Après que cette chronique eut publié sa recension du Choc des Civilisations de Samuel Huntington, qui vient d’être réédité, un aimable lecteur informa votre serviteur de ce que cet essai faisait partie des livres évoqués par Michel Onfray dans son dernier ouvrage en date, Autodafés, publié en août. S’il fallait au lecteur belge un adjuvant supplémentaire pour le lire, la présence du Simon Leys (alias Pierre Ryckmans, 1935-2014) en tête de liste des écrivains condamnés pour « crime de pensée », avec Les Habits neufs du président Mao, paru il y a tout juste un demi-siècle, y pourvoit.

Michel Onfray est une machine de guerre à lui tout seul. Outre sa centaine de livres traduits dans 25 pays, il a créé en 2002 l’Université populaire de Caen, en 2016 michelonfray.com, sa propre chaîne de Web TV, et en 2020 la revue et le site Internet Front Populaire pour les souverainistes de tous bords – même les plus extrêmes, précise L’Express dans un article du 15 juin 2020 (consulté pour la dernière fois le 27 septembre 2021). Un montage photographique l’illustre, réunissant Didier Raoult, Philippe de Villiers, Jean-Pierre Chevènement et Michel Onfray, au cas où les lecteurs du magazine d’actualité n’avaient pas saisi jusqu’à quel extrême cet « extrême écorché » peut aller.

Ecorché, Onfray ne le paraît pas ; extrême encore moins. Invité par l’entrepreneur financier chrétien libéral (dans cet ordre ou dans un autre) Charles Gave (l’auteur d’Un libéral nommé Jésus et de Des lions menés par des ânes) en mai, dans un podcast de l’Institut des Libertés, Onfray se montre posé, érudit et courtois, rien d’un Z comme Zorglub (le personnage de Spirou et Fantasio), ni d’un intello racoleur pour BHVV’ du prêt-à-penser.

Le projet d’Autodafés est de montrer comment des ouvrages essentiels pour établir des faits ont été vilipendés au cours du dernier demi-siècle et de mauvais procès de la part de gens fort mal placés pour les instruire dans des médias complaisants qui se prêtaient à falsifier la vérité. L’autodafé est étymologiquement un acte de foi et correspond au prononcé solennel par l’Inquisition d’un jugement à charge d’un hérétique, généralement exécuté par le feu.

Crimes de la pensée

Sacrilèges, les Simon Leys, Soljenitsyne, Paul Yonnet, Samuel Huntington, Sylvain Gouguenheim et les auteurs (dont Jacques Lacan) du Livre noir de la psychanalyse, tous condamnés pour des récits et témoignages allant à l’encontre de la pensée dominante du moment ? Certes, ils l’ont été. Mais « fascistes » (comme disait Staline de ses anciens compagnons de route devenus encombrants, Trotski entre autres, et de tout qui lui déplaisait, quelques millions de gens en vérité) ou « fachos » (comme on dit depuis Mai 68) ?

Prenons Simon Leys puisque c’est le premier de la liste. Ce grand voyageur devant l’éternel, Belge, fut écrivain, essayiste, critique littéraire, professeur d’université et sinologue émérite lisant et parlant le chinois, ayant dans les années 50 et 60 voyagé en Chine, vécu à Hong Kong et Taiwan, enseigné en chinois à l’université de Nanyang à Singapour (qu’objecteur de conscience, soupçonné d’être pro-communiste par le régime de Lee Kuan Yew, il fut contraint de quitter).

Bref, Simon Leys était mieux placé que n’importe quel salonnard parisien pour parler de la Chine de la Révolution culturelle, ce qu’il entreprit dans Les Habits neufs du président Mao, publié en 1971. Il parle de la révolution culturelle comme d’un coup d’Etat fomenté par Zhou Enlai et Mao Zedong afin d’en reprendre le contrôle qu’ils avaient perdu.

Dès sa parution, l’ouvrage fut incendié par l’intelligentsia parisienne. Leys en dénonça en retour « la grande tradition hitléro-lénino-stalino-maoïste » (Onfray acquiesce), crime de lèse-majesté s’il en est s’agissant des Sartre, de Beauvoir, Sollers, BHL et consorts, maoïstes d’apparat, qui « refusent de voir ce qui est pour la bonne et simple raison qu’ils ne voient que ce qu’ils croient ».

Facho, Leys ? Il écrit, cité par Onfray : « Nos philosophes d’aujourd’hui semblent également peu désireux d’enquêter sur la vérité historique du maoïsme, craignant sans doute qu’une confrontation avec la réalité ne soit dommageable à ce mythe qui les dispense si confortablement de penser par eux-mêmes. » Mao était vénéré comme un Dieu par ces gens en ces temps-là, et le Petit livre rouge, leur Bible. Onfray parle d’une « pathologie du croyant de base » : « La rhétorique du maoïste est celle de la foi, de la croyance, de la religion. Et qui peut croire que la raison puisse ramener au bon sens quiconque est conduit par la foi ? »

Joie de la vérité

Facho, Leys ? Il écrit, cité par Onfray, que « pour les intellectuels, la libre recherche de la vérité, la dénonciation de la tyrannie et du mensonge constituent une mission d’un caractère absolu et permanent ». Gaudium veritatis (joie de la vérité) est-il inscrit sur la tombe de Paul Yonnet, dont le Voyage au centre du malaise français est également revisité par Onfray. Dans un monde qui n’aime ni la joie ni la vérité, constate-t-il, comment voudriez-vous que l’on sache en quoi consiste la joie de la vérité ?

Ce n’est ni en écorché, ni en extrême, mais en homme révolté que Michel Onfray déconstruit (désolé Derrida!) au fil de ses relectures des divers auteurs évoqués dans Autodafés les mythes qui leur ont valu d’être discrédités. Cet essai fait oeuvre de salubrité intellectuelle destinée à prémunir contre les nouvelles pathologies du croyant de base que la réalité n’a malheureusement pas encore éradiquées.

« Le fascisme historique, écrit Onfray, n’a pas grand-chose à voir avec le fascisme hystérique. » Disqualifier en le traitant de « facho » l’opposant ou tout simplement celui qui pense librement au nom des nouvelles idéologies (racialisme, communautarisme, théorie du genre, néo-féminisme, etc.) prévalantes dans la civilisation post-chrétienne vise aujourd’hui encore à insulter, à salir, à exclure.

Autodafés – L’art de détruire les livres, Michel Onfray, 176 pages, Les Presses de la Cité.

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(L’article ci-dessus a initialement été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4004 du vendredi 8 octobre 2021.)

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1 commentaire

  1. FACHO! est l’insulte à la mode que « comprennent » des gens peu instruits…. et je suis de plus en plus triste devant l’état actuel de notre enseignement.

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