« How to stop Brexit (and make Britain great again) » (Nick Clegg)

L’ancien chef du parti libéral-démocrate et Vice-premier ministre du gouvernement britannique de coalition dirigé par David Cameron de 2010 à 2015, Nick Clegg, explique à ses compatriotes dans « How to stop Brexit and make Britain great again », un ouvrage de quelque 150 pages, pourquoi et comment il leur faut arrêter le Brexit.

En exergue de son propos, cet europhile, qui a épousé une Espagnole, mère de ses trois enfants, et qui parle cinq langues, cite Sophocle (« Tous les hommes commettent des erreurs, mais un homme bon cède quand il voit qu’il fait fausse route… Le seul péché est l’orgueil ») et cette phrase, prononcée en 2012 dans un discours intitulé « Europe : It’s time to decide » par… l’actuel Ministre conservateur en charge du Brexit, David Davis : « Si une démocratie ne peut pas changer d’avis, ce n’est plus une démocratie ». Et Nick Clegg de poser la question : « Au nom de quoi ne pourrions-nous pas changer d’opinion quand nous constatons que les événements ne se déroulent pas comme on nous l’avait prédit ? ».

Comme l’indique son titre, ce livre ne consiste pas en une ode au rêve perdu d’une grande Europe fraternelle – les Britanniques n’en ont jamais rêvé – mais en une exhortation à la clairvoyance dans l’intérêt même de la Grande-Bretagne.

Rétrospectivement, la Grande-Bretagne commit l’erreur de se montrer plus généreuse que la plupart des autres pays européens en donnant immédiatement libre accès aux ressortissants des nouveaux pays membres de l’Union européenne lors de l’élargissement aux pays de l’Europe de l’Est. Cette générosité permit par la suite à des populistes comme Nigel Farage d’accuser l’Europe d’être responsable de l’invasion en Grande-Bretagne de dizaines de milliers d’immigrants, susceptibles de compromettre l’emploi et la sécurité des citoyens britanniques de souche.

La crise de l’euro et la peur de se voir contraints de participer au sauvetage d’Etats ruinés aiguisèrent la méfiance des Britanniques à l’égard de l’Union européenne et suscitèrent l’adhésion de beaucoup au message populiste de Farage, « Let’s take our country back ». Mais, dit Nick Clegg en substance, l’élection de Trump, le Brexit et l’émergence de cette clique de populistes qui ont comme point commun leur admiration pour l’image de marque autoritaire d’un Vladimir Poutine ont sorti les démocrates européens de leur torpeur et les ont poussés à écouter leurs concitoyens, à préconiser des réformes et à réaffirmer leurs positions libérales, internationalistes et pro-européennes avec une passion retrouvée.

Depuis le Brexit, le monde et l’Europe ont considérablement changé. Pourquoi, compte-tenu de ces changements, le peuple britannique serait-il malvenu à se raviser ? Et ce d’autant plus que ce dernier a été ignominieusement trompé par les Farage, Boris Johnson, Michael Gove qui prétendirent que le Royaume-Uni envoyait chaque semaine un chèque de trois cent cinquante millions de livres sterling à l’Union européenne, privant ainsi la sécurité sociale britannique d’autant de moyens qui lui seraient, autrement, dévolus.

« Personne n’a voté pour devenir plus pauvre », répète Nick Clegg, en se faisant l’écho de l’actuel chancelier de l’Echiquier, Philip Hammond, « pourtant, c’est exactement ce qui est en train de se produire ! » Et, pendant ce temps, David Davis persiste à prétendre que la Globale-Bretagne intégrera une zone de libre-échange « probablement dix fois aussi importante que l’Union européenne », propos d’une stupidité consommée puisqu’une telle zone, en termes de PIB, dépasserait la taille de la planète…

Quoi qu’en disent les zélateurs d’une « anglosphère » de l’Australie à l’Amérique en passant par tous les anciens territoires de l’empire, la Grande-Bretagne doit se rendre à l’évidence, elle est désormais un pays d’importance moyenne. Cité par l’auteur, un membre influent du parti conservateur l’admit pendant la campagne en vue du référendum sur le Brexit, en avançant, en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE, l’argument selon lequel les institutions internationales et multilatérales offrent le choix aux Etats-nations entre s’associer en cédant un peu de leur souveraineté de manière contrôlée et en céder beaucoup de manière incontrôlée. Cette éminente figure du parti conservateur dirige aujourd’hui le Gouvernement du Royaume-Uni.

« Comment le Gouvernement britannique pourrait-il négocier le Brexit alors qu’il n’a pas fini de le négocier en son sein ? » s’interroge Nick Clegg, lequel, au train où vont les choses, ne voit que trois issues possibles pour le Gouvernement en place : 1) de continuer sur la même voie, celle de l’échec total ; 2) de demander une extension du délai prévu à l’article 50 ; 3) d’accepter qu’il y va de l’intérêt de la Grande-Bretagne, d’un point de vue économique et politique, de rester temporairement ou de manière permanente dans le marché unique ou l’union douanière et d’opter pour un statut similaire à celui de la Suisse ou de la Norvège, c’est à dire de faire partie du clan européen sans participer à la prise de décision ni pouvoir y apposer son veto.

D’après Nick Clegg qui en a consulté l’auteur, Lord Kerr, un avocat écossais, la question ne paraît pas tranchée de savoir si un pays ayant invoqué l’article 50 peut réintégrer l’UE. L’inénarrable Guy Verhofstadt, membre belge du Parlement européen et responsable de la coordination de la réponse dudit Parlement au Brexit, a déjà averti que, dans l’hypothèse d’un retour dans le giron de l’UE, le Royaume-Uni ne bénéficierait plus du mécanisme particulier, complexe et injuste qui lui valait une réduction de sa contribution au budget de l’Union. « Tout comme dans Alice au Pays des Merveilles, toutes les portes ne sont pas les mêmes. »

Quoi qu’il en soit et même s’il considère le Parlement britannique comme une institution dépassée et dysfonctionnelle, « hogwartsienne » (« poudlardienne », en référence à l’école de sorcellerie dans la série Harry Potter), Nick Clegg demande instamment à ses concitoyens d’en appeler au leader du Parti travailliste, au représentant de leur circonscription au sein du Parlement et au Premier-ministre lui-même en vue de les faire revenir à la raison dans des courriers dont il a rédigé les projets et qu’il a joints à son livre pour leur faciliter la tâche.

« A la fin, une simple vérité prévaudra : l’histoire et la géographie nous obligent à être des alliés, des voisins, des amis, partageant le même espace, les mêmes mers, le même continent et les mêmes valeurs. L’UE elle-même n’est pas immuable. Elle évolue constamment. Elle a une énorme capacité à contenir la diversité d’entre ses membres sous un même toit. Cette souplesse devrait permettre de réincorporer le Royaume-Uni dans l’un des cercles concentriques qui se dessinent dans l’Union. (…) En vérité, le Brexit n’a pas lieu d’être », conclut Nick Clegg qui prône la tenue d’une convention présidée par John Major, l’ancien Premier-ministre conservateur britannique, une personnalité fort respectée au sein de tous les milieux politiques, et Mark Rutte, le Premier-ministre libéral des Pays-Bas.

« How to stop Brexit and make Britain great again », cet opuscule de l’ancien Vice-premier-ministre libéral-démocrate de Grande-Bretagne, au style vif et clair, sans complaisance pour qui ou quoi que ce soit, a le grand mérite de replacer le Brexit dans un cadre dénué de la propagande politique et médiatique, de dénoncer les mensonges flagrants d’une frange d’illusionnistes nostalgiques ou revanchards dans le monde politique et d’opportunistes dans celui des affaires et des médias, ainsi que de proposer une résolution de crise dont chaque partie, même l’Union européenne, pourrait sortir grandie.

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  1. Comment et pourquoi stopper le Brexit ? | Contrepoints - 29 novembre 2017

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