« Un projet pour la Belgique » (Leo Neels et al. – Itinera)

Mieux vaut un projet que pas de projet du tout, ou de sempiternels projets pour réagir à l’actualité à chaud ou créer des problèmes là où il n’y en a pas – comme si souvent en Belgique où le patchwork et le rafistolage tiennent lieu de politique. C’est tout le mérite de Leo Neels et du centre de réflexion Itinera de procéder dans l’ouvrage collectif « Un projet pour la Belgique » à une analyse lucide de la situation de la Belgique sur base de comparaisons avec des pays qui lui sont proches et de proposer un projet articulé autour de plusieurs axes pour aller de l’avant.

Les faits et les chiffres existent, quand bien même cultiverait-on l’illusion du contraire. La Belgique peut mieux faire mais, pour ce faire, elle a besoin d’un projet, de préférence quantifiable, qui s’appuie sur la participation active de citoyens qui sont disposés à s’intéresser et à s’engager à améliorer les choses, tant du point de vue de la qualité que de la gouvernance. La Belgique est certes réputée pour ses compromis politiques « sans queue ni tête » – comme sur la sortie du nucléaire, sans plan correspondant de transition énergétique –, mais elle ne se classe toutefois en 2019 qu’en 45e position à l’indice de la Banque mondiale des pays les plus attrayants pour les chefs d’entreprise désireux de développer leurs activités.

Cet indice de la Banque mondiale se fonde sur des critères comme la simplicité des procédures administratives, la sécurité juridique, la flexibilité du marché du travail, l’approvisionnement énergétique, la fiscalité. Cette 45e position range la Belgique derrière dix-huit des 27 autres pays membres de l’Union européenne, comme le Danemark (3e), la Grande-Bretagne (9e), la Suède (12e), la Lituanie (14e), l’Estonie (16e), la Finlande (17e), la Lettonie (19e) ou encore l’Allemagne (24e), l’Autriche (26e), l’Espagne (30e), la France (32e), les Pays-Bas (36es). « L’une des principales explications de cette contreperformance, écrit Leo Neels, est notre propension à dédaigner les chefs d’entreprises et à sous-estimer leur rôle essentiel dans la création de valeur. »

Le progrès social et la croissance économique vont de pair. Ils supposent de continuer à créer de la richesse et, à cet égard, malgré ses atouts (comme celui d’arriver en tête du classement Reuters des universités européennes les plus innovantes), la Belgique présente une situation globale qui n’a rien d’engageant. En cause : les déficits budgétaires et la dette publique, des prélèvements obligatoires élevés, la rigidité du droit du travail, l’inefficacité de la bureaucratie (dans le top 5 pour les coûts et 15e pour ce qui est presté en échange), mais aussi la pénurie de main d’oeuvre hautement qualifiée.

Le projet ne peut se limiter à continuer à vivre aux dépens de nos enfants et de nos petits-enfants. Les « partenaires sociaux », organisations patronales et syndicats, connaissent les chiffres. Ils gèrent la sécurité sociale en Belgique et savent mieux que quiconque qu’un nombre de plus en plus élevé de personnes inactives doit être soutenu par le travail d’un nombre trop réduit de personnes actives et qu’une croissance de l’ordre d’un pour cent ne couvre pas l’accroissement des dépenses sociales : « <les partenaires sociaux> doivent avoir le courage de dire aux gens ce qu’ils doivent savoir et non ce qu’ils veulent entendre ».

A l’Etat de droit, « l’Etat veilleur de nuit aux tâches minimales », s’est progressivement substitué un Etat providence. A l’origine, l’Etat devait protéger les citoyens contre l’arbitraire ; désormais, il doit les protéger dans leur bien-être et, l’appel à l’intervention publique se manifestant de plus en plus, il se transforme en « Etat investisseur » (infrastructures, enseignement, soins de santé, culture, sport, etc.) : « les citoyens sont devenus les clients d’un supermarché étatique en expansion permanente ».

Dans le même temps, les responsables politiques se sont transformés « en gestionnaires de systèmes et en calculateurs de budgets » et l’égalité des chances a été dénaturée en « égalité de résultats pour tous », ce qui n’est ni réalisable, ni même désirable, comme l’a montré l’un des auteurs d’Un projet pour la Belgique, le professeur Marc De Vos, dans un autre livre, Les vertus de l’inégalité, car l’égalité de résultats nécessite un appareil public de plus en plus envahissant et de plus en plus coûteux et aboutit à une inefficacité économique grandissante.

Ce sont précisément là que se situent les faiblesses d’une Belgique oublieuse, dans le chef de ses gouvernants, de ses administrations et de ses syndicats ainsi que du grand public, de ce que derrière la plupart des entreprises il y a un entrepreneur. Ce sont ces entreprises et ces entrepreneurs qui créent des richesses et la prospérité économique dont dépend le bien-être de tous.

Partant de ce constat, Leo Neels et ses collègues Jean Hindriks, Marc De Vos, Ivan Van de Cloot, Johan Albrecht, Simon Ghiotto, Paul Becue et Cind Du Bois avancent dans Un projet pour la Belgique, avec l’indépendance d’esprit que revendique Itinera, des pistes de réflexion citoyenne et politique dans les domaines de l’entrepreneuriat, de l’éducation, de l’enseignement, du travail, des pensions, de la santé, des investissements étrangers, de la sortie du nucléaire, du droit administratif, de la fiscalité, des sujets qui méritent assurément une lecture attentive de la part du plus grand nombre, que ce soit dans la classe politique ou parmi les citoyens désireux de faire évoluer les mentalités et changer les choses.

« Un projet pour la Belgique », Leo Neels et al. – collectif Itinera, 200 pages, Editions Racine Lannoo. (Photo ci-dessus : Leo Neels, au centre, et Paul Becue, à sa droite, à la librairie Filigranes à Bruxelles.)

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