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La décroissance en Europe ne changerait pas grand-chose aux émissions de CO2

La décroissance en Europe ne changerait pas grand-chose aux émissions de CO2 Posted on 30 octobre 2020Laisser un commentaire

La discussion sur la prédictibilité des évolutions climatiques, qui fit l’objet d’un simulacre de débat entre les professeurs van Ypersele et Furfari sur le plateau de « C’est pas tous les jours dimanche », l’émission de RTL-TVi (voir l’article du 9 octobre 2020 sur Palingénésie), ne constitue que l’un des aspects de la question.

Lors de la publication d’un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) sur la réduction des émissions de CO2, rapport incidemment publié le 26 novembre 2019, quelques jours avant l’ouverture de la COP25 de Madrid, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, avait déclaré : « Depuis dix ans, le rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions [de CO2] tire la sonnette d’alarme, et depuis dix ans, le monde n’a fait qu’augmenter le volume de ses émissions ».

Le communiqué de l’ONU enchaînait : « Il n’y a plus une minute à perdre : si le monde remet encore à plus tard les actions immédiates et radicales nécessaires pour réduire les émissions de CO2, la catastrophe climatique ne pourra plus être évitée ». Rengaine connue !

Et de préciser : « Pour éviter une telle catastrophe, les émissions de CO2, qui augmentent chaque année, doivent être réduites de 7,6% par an, tous les ans entre 2020 et 2030. Sinon, le monde manquera l’occasion de se mettre sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de limiter la hausse des températures à 1,5°C, fixé par l’Accord de Paris. »

Selon l’analyse BP Statistical Review of World Energy 2020, communément considérée comme une référence, les émissions globales de CO2 s’élevaient à 34.169 millions de tonnes en 2019, en progression de 0,5% par rapport à 2018, comparé à une progression annuelle moyenne de 1,1% de 2008 à 2018. Le plus gros pollueur est la Chine (9.825,8 millions de t, + 3,4% par rapport à 2018), laquelle, avec Hong Kong (94,7 millions de t), compte pour 29% des émissions mondiales de CO2 .

Les Etats-Unis émettent 4.964,7 millions de tonnes de CO2 (-3% par rapport à 2018, 14,5% du total), l’Union européenne, 3.330,4 millions de tonnes (-3,9% par rapport à 2018, 9,7% du total), dont l’Allemagne (683,8 millions de t), le Royaume-Uni (387,1), l’Italie (325,4), la Pologne (303,9), la France (299,2), l’Espagne (278,5), les Pays-Bas (192), la Belgique (124,5).

L’Inde compte pour 7,3% du total mondial des émissions de CO2 avec 2.480,4 millions de tonnes (en progression de 1,1% par rapport à 2018 avec une moyenne annuelle 2008-2018 de 5,3%). Elle arrive en troisième position derrière la Chine et les Etats-Unis au classement des pays dont les émissions de CO2 sont les plus importantes. La Russie (1.532,6 millions de t) et le Japon (1.123,1) complètent le top 5.

L’Allemagne, 6e plus gros émetteur de CO2 au monde

Il est à noter qu’avec ses 683,8 millions de tonnes, l’Allemagne dénucléarisée se classe 6e plus gros émetteur de CO2 au monde et précède l’Iran (670,7 millions de t, en progression de 4,1% par rapport à 2018) et la Corée du Sud (638,6 millions de t, -3,6% par rapport à 2018).

Chacun tirera à ce stade de premières conclusions. Les Français, qui figurent parmi les bons élèves de la classe – comparez à l’Allemagne ! –, se demanderont pourquoi il leur faut subir tout ce raffut sur le climat et ils se rappelleront l’objurgation de Georges Pompidou à Jacques Chirac en 1966 : « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! […] Laissez-les vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux ! Foutez-leur la paix ! Il faut libérer ce pays ! » On sait ce qu’il en est advenu. Mais, poursuivons l’examen.

La Banque mondiale estime le produit mondial brut (« PIB mondial ») 2019 à 87.698 milliards de dollars US, le PIB des pays de l’OCDE à 53.582 milliards USD, celui de l’Union européenne à 15.593 milliards USD. La Chine (14.343 milliards), l’Inde (2.875), le Brésil (1.840), la Russie (1.700), l’Indonésie (1.119), l’Arabie Saoudite (793) comptent pour 22.670 des 34.116 milliards de dollars US – soit les deux tiers – du PIB de l’ensemble des pays ne faisant pas partie de l’OCDE.

Remarquons que l’Union européenne représente 17,8% du produit brut mondial pour seulement 9,7% du total des émissions mondiales de CO2. Si nous prenons tous les pays membres de l’OCDE, ces pourcentages sont de 61% du produit brut mondial et 35,2% des émissions. Le rapport entre ces deux pourcentages (PIB et CO2) est de 1,83 pour l’UE et de 1,73 pour l’OCDE, c’est à dire que les pays développés polluent proportionnellement moins qu’ils ne produisent si on les compare au reste du monde.

Les pays développés polluent moins que les autres

En effet, les pays non-OCDE qui représentent 39% du produit mondial brut et 64,8% des émissions mondiales de CO2, le rapport entre les deux valeurs s’inverse – il est de 0,60). Cela signifie que les pays hors de l’OCDE non seulement polluent plus en valeur absolue (22.157 millions de t de CO2 par rapport à 12.012 millions de t de CO2 pour les pays de l’OCDE), mais aussi proportionnellement beaucoup plus qu’ils ne produisent.

Si par facilité on considérait toutes choses comme étant parfaitement linéaires et sans conséquences secondaires (chômage, pauvreté…), une baisse de 10% du PIB et des émissions de CO2 de l’Union européenne réduirait lesdites émissions de moins de 1% au niveau de la planète – loin de l’objectif global (annuel) de 7,6% proclamé par l’ONU.

Entre-temps, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 0,5% en 2019 et de 1,1% par an de 2008 à 2018, malgré les réductions de respectivement -3,9% en 2019 et -1,8% en moyenne de 2008 à 2018 dans l’UE (et de respectivement -2,9% et -0,8% dans l’ensemble de l’OCDE). De fait, dans les pays émergents (ceux ne faisant pas partie de l’OCDE), au premier rang desquels se trouve la Chine où la progression du PIB a été de 3,2% et de 4,9% aux 2e et 3e trimestre de cette année, les émissions de CO2 ont augmenté de 2,4% en 2019 et de 2,5% par an de 2008 à 2018.

On peut en déduire que la décroissance et le délestage électrique que d’aucuns préconisent dans l’UE n’auraient que peu d’incidence sur le climat et qu’y remédier si cela s’avérait possible n’est pas le but poursuivi, mais bien d’affaiblir et d’appauvrir les économies des pays de l’Union européenne, car les pays émergents et la Chine en tout premier lieu ne renonceront pas à la croissance économique et à leur ambition louable et légitime d’améliorer le niveau de vie matériel de leurs populations.

(L’article ci-dessus a initialement été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 3954 du vendredi 23 octobre 2020.)

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