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Pour en finir avec le déclin (Patrick Artus et Marie-Paule Virard)

Pour en finir avec le déclin (Patrick Artus et Marie-Paule Virard) Posted on 22 mai 20221 Comment

Patrick Artus, économiste de haut vol (Ecole polytechnique, ENSAE, Sciences Po, professeur aux universités et chief economist de Natixis jusqu’à ce que la limite d’âge ne le rattrape) et Marie-Paule Virard, journaliste économique, ont commis un nouvel opus ensemble, leur treizième sauf erreur, Pour en finir avec le déclin.

C’est peut-être leur meilleur, en tout cas, de prime abord, moins pessimiste que certains précédents, lorsqu’il fut question du pire à venir, de « 40 ans d’échecs de la politique économique française », de « ce qui nous attend », de la croissance zéro et du chaos, de la folie des Banques centrales, de la sortie de l’Euro, de la « dernière chance du capitalisme »… des constats qui n’étaient pas assurément faux, mais n’incitaient guère à l’optimisme.

Ici, ils s’interrogent sur les priorités économiques et sociales de la France – et vu les convergences, notamment les « 40 ans d’échecs de sa propre politique économique », la Wallonie ne pourrait-elle pas s’en inspirer ? – pour en finir avec le déclin. C’est peut-être le meilleur, car Patrick Artus y fait une belle démonstration de sa maîtrise théorique de la macroéconomie et de l’économie politique.

Mais, les sciences économiques, en ce qu’elles permettent d’expliquer les événements a posteriori, non de les prédire, ne sont-elles pas, comme l’écrivit un professeur d’économie belge influent, une sous-branche de la sociologie, ou de l’anthropologie, et ne convient-il pas à une recension satirique de ce nouvel essai de Patrick Artus et de Marie-Paule Virard d’en prendre les recettes à contre-pied ?

40 ans d’échecs

D’emblée, les deux auteurs font un état des lieux : la France, ce sont des dépenses publiques égales à 55% de la richesse nationale, un déficit extérieur en chute libre (65 milliards d’euros en 2020, 86 en 2021), une dette publique qui s’envole (113,5% du PIB en 2022 selon le FMI), des prélèvements obligatoires confiscatoires (46%) et, pourtant, plus de 9 millions de pauvres (14,6% de la population active).

Artus et Virard parlent d’un déclassement de l’économie française, à l’encontre duquel il est urgent de redonner à chacun foi en l’avenir et à l’économie française sa place dans le monde. Jusque-là, rien à redire qui n’ait déjà été dit (on vous l’a dit : 40 ans d’échecs…), l’intention est louable, dût-on remettre une quarante-et-unième fois l’ouvrage sur le métier afin de « transformer la mélancolie en énergie collective » – quand on vous parlait de l’économie comme d’un succédané de sociologie et d’anthropologie !

40 ans d’échecs de la politique économique française, dites-vous. Bon sang mais c’est bien sûr ! Il y a quarante ans, c’était le début des années quatre-vingts, les années Reagan aux Etats-Unis, Thatcher au Royaume-Uni, Mitterrand en France : faudrait-il s’étonner que les trajectoires économiques de ces quatre décennies ont été différentes dès lors que la France connut une panne à l’allumage, qu’elle fit boum en plein boom ?

Pour en finir avec le déclin, les deux auteurs énumèrent six priorités : l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés les plus modestes (en prenant soin de ne pas étendre la mesure à tous les salariés au risque d’accélérer l’inflation et d’aboutir à l’effet contraire de l’effet recherché) ; la réduction des inégalités de patrimoine (à la suite de l’enchérissement des actifs immobiliers ; en ce qui concerne les valeurs mobilières, les marchés s’en occupent déjà !) ; la transition énergétique ; la digitalisation des entreprises (qui ont beaucoup perdu en compétitivité par rapport à la concurrence étrangère) ; la solvabilité de l’Etat français et la soutenabilité de la dette publique ; l’amélioration de l’éducation et des compétences.

Education et compétences « conditionnent tout », c’est le « véritable fil rouge de l’ouvrage », selon ses auteurs, et ce devrait l’être du programme du prochain gouvernement français. L’Etat aurait-il failli dans ce domaine et pourquoi faudrait-il compter sur lui pour remédier à ses carences dans ce domaine et, à vrai dire, dans tant d’autres ? « En tout cas, il est clair, reconnaissent-ils, que chômage et inactivité (que favorise un manque d’éducation et de compétences, ndlr) ne sont pas les meilleurs amis du pouvoir d’achat. » Ni de la ré-industrialisation, ni de l’innovation, ni du vivre-ensemble, ni de grand-chose, à vrai dire.

Jobs, jobs, jobs

Le meilleur indicateur du succès d’un programme de politique économique, avancent Patrick Artus et Marie-Paule Virard, est le taux d’emploi et, sur ce plan, avec un score de 67%, la France est loin derrière l’Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni. En Europe, elle ne devancerait que l’Espagne. (A titre de comparaison, le taux d’emploi des 20-64 ans était en 2020 de 70% en Belgique, mais avec de fortes disparités par région : 74,7% en Flandre, 64,6% en Wallonie, 61,3% à Bruxelles). 40 ans de retard ne se résorbent pas en deux coups de cuiller à pot.

Un fait aggravant de la situation économique et sociale française réside dans les prix de l’immobilier qui ont proportionnellement flambé en France alors qu’en Allemagne l’augmentation a été inférieure à celle du revenu nominal par tête (lequel a pratiquement évolué de la même manière dans les deux pays). En France, les aides au logement et les faibles taux d’intérêt ont renforcé la demande alors que des retards dans l’octroi de permis de construire a provoqué un resserrement de l’offre et, donc, à la rareté. Faut-il en incriminer les propriétaires d’immeubles ?

Même les auteurs que l’on ne peut soupçonner de sympathies reaganiennes (en attestent leurs allusions caustiques à la théorie du ruissellement) prônent d’« entrer dans une logique de l’offre ».

Mais, là où le masochisme économique et social atteint son comble, c’est dans tout ce qui touche à la transition énergétique ! Patrick Artus et Marie-Paule Virard, bien qu’ils semblent gagnés à la cause, en décrivent les conséquences avec lucidité. C’est le mérite, non le moindre, de leur essai Pour en finir avec le déclin.

Ladite transition entraînera la destruction d’un stock considérable de capital non encore amorti, la suppression d’emplois dans les secteurs touchés par la « décarbonation » de l’économie et une augmentation du chômage structurel, des investissements gigantesques dans des infrastructures et équipements moins performants, une hausse massive des prix de l’énergie (en raison notamment de l’intermittence des énergies renouvelables), un maintien des taux d’intérêt à leur niveau plancher (ou à travers) et, inévitablement, un recul de la croissance… Les raisons de lever de nouveaux impôts, les auteurs le concèdent volontiers, ne vont pas manquer dans les années qui viennent !

Qu’en proie à l’idéologie, alors qu’elles comptent pour moins de 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et que les plus grands pollueurs du monde n’en ont cure, la France, le reste de l’UE et leurs clercs, avec la guerre aux portes, s’enfoncent dans leur délire écologiste et continuent à se faire hara-kiri, constitue l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’humanité.

Pour en finir avec le déclin, Les priorités économiques et sociales de la France, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, 192 pages, Editions Odile Jacob.

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Cet article a été publié avec un jour de décalage par rapport au jour habituel en raison de la publication, vendredi, du compte-rendu de la conférence du philosophe Gaspard Koenig au Centre Jean Gol à Bruxelles, sur le thème « La simplicité est-elle une valeur libérale ? ».

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(Cet article a été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4035 du mercredi 11 mai 2022.)

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1 commentaire

  1. MERCI! Et si l’économie n’est pas ma tasse de thé, j’apprécie particulièrement les commentaires réalistes concernant cette folie suicidaire qu’est « la transition énergétique »… espère donc que ce livre sera lu par nos « responsables ».

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