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Energie : Tout va changer ! Demain ?

Energie : Tout va changer ! Demain ? Posted on 7 août 20211 Comment

Le Financial Times, que l’on qualifiait naguère de « journal très sérieux » mais qui s’est depuis lors transformé en moniteur du climat et des autres causes chères à la nouvelle gauche radicale, a publié à la « une » de son édition européenne des 17 et 18 juillet 2021 un article intitulé « Germany fears climate change caused floods » (« L’Allemagne craint que le changement climatique ait causé les inondations »).

Attribuer une catastrophe naturelle comme les inondations de juillet au changement climatique, d’origine humaine bien sûr – comment pourrait-il en être autrement ? –, est un exercice apprécié par les médias en quête d’émotion et d’angoisse, mais, comme le note Steven Koonin dans son récent livre sur le climat, Unsettled (retrouvez-en la recension en quatre parties : 1234), la technique est hautement contestable sur le plan scientifique lorsqu’il s’agit de réconcilier a posteriori la survenance d’un événement naturel exceptionnel avec ce qui pourrait l’avoir annoncé dans des modèles prédictifs.

« En tant que physicien, écrit-il, je suis consterné que l’on puisse accorder la moindre crédibilité scientifique à ce genre de procédé, mais moins étonné, par contre, que les médias en raffolent. » Ce n’est plus de la science, c’est de la cartomancie. Comment voudriez-vous prouver qu’une diseuse de bonne aventure ait raison d’affirmer après coup qu’elle avait vu dans ses cartes que vous tireriez le gros lot ?

En ce qui concerne l’Allemagne, l’une des voix les plus sonores dans l’attribution de la catastrophe au changement climatique fut celle du candidat chrétien-démocrate à la succession d’Angela Merkel et ministre-président de l’Etat fédéral le plus touché, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Armin Laschet, d’autant plus empressé à mettre le climat en cause que certains pourraient songer à l’accuser d’imprévoyance, sinon de légèreté (après qu’il eut été vu hilare pendant un hommage aux victimes).

Selon le quotidien financier, Laschet aurait affirmé que l’Allemagne doit désormais accélérer le pas sur la voie de la neutralité carbone. Ah bon ! L’objectif de l’UE d’atteindre la neutralité carbone en 2050 en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % dès 2030 n’est-il plus suffisant ?

Irréaliste et irréalisable

Cet objectif est irréaliste, car il consiste pour les pays qui participent à ce délire à s’auto-détruire – il n’est guère surprenant que plusieurs pays rechignent aux dernières mesures préconisées par la Commission européenne –, et il est irréalisable. C’est l’un des thèmes abordés par Samuel Furfari, qui est docteur en sciences appliquées et ingénieur chimiste, professeur de géopolitique de l’énergie à l’ULB, dans les 46 articles constituant l’anthologie qu’il en a publiée au début de cette année sous le titre Energie, tout va changer demain ?

La réponse est négative : ni demain, ni après-demain, ni dans un avenir prochain ; par contre, nous risquons bien, dans l’intervalle, d’être tous ruinés et bientôt seuls quelques apparatchiks écologistes seront encore autorisés à prendre l’avion pour aller sur une île tropicale discuter de la montée des océans.

Les énergies éolienne et solaire ne représentaient jamais en 2019 que 2,5 % de l’énergie primaire utilisée en Europe. Il a fallu pour cela dépenser 1000 milliards d’euros depuis 2000. Si les 2,5 % ont déjà coûté autant, imaginons ce qu’atteindre les 100 % d’énergies renouvelables coûterait ! Gageons que, malgré la diplomatie climatique qu’elle déploierait, l’UE n’échoue à convaincre beaucoup de pays à la suivre dans l’impasse dans laquelle elle s’est fourvoyée et l’Allemagne l’a précipitée.

En outre, les énergies éolienne et solaire présentent un vice rédhibitoire, leur intermittence. Leurs temps de production effective ont été calculés à respectivement 23 % et 11 %. En ce qui concerne la production d’électricité, la seule manière de remédier à cette carence est aujourd’hui de prévoir l’appoint d’autres sources de production fiables – c’est à dire de doubler peu ou prou les capacités de production pour s’offrir le luxe de consommer des énergies renouvelables lorsqu’il y en a – ou de se passer d’électricité – d’aucuns ne préconisent-ils pas le délestage comme un inconvénient mineur auquel il conviendra tout simplement de s’habituer ? C’est pourquoi votre facture d’électricité ne cesse de s’envoler plus sûrement qu’une éolienne ne brasse l’air !

Ruine et déclin de l’Europe

Enfin, l’électricité n’est pas le seul usage que l’on fait de l’énergie, ni même le principal, lequel est la chaleur (45 % de l’énergie finale utilisée, devant le transport – 33 %). N’étant pas capables de déjà couvrir nos besoins en électricité (22 % de l’énergie finale) avec les énergies renouvelables, comment pourrions-nous en sus couvrir ceux en chaleur et pour le transport, à moins, une fois de plus, on s’en rend bien compte, de transformer radicalement notre mode de vie ?

La question se pose a fortiori si l’on persiste à disqualifier, pour des raisons idéologiques, l’énergie nucléaire, pourtant maîtrisée, abondante et peut-être la plus décarbonée de toutes si on tient compte de toute la chaîne de production et de distribution.

Qui plus est, en se détournant de l’énergie nucléaire, sous la pression de l’Allemagne et pour des raisons de politique interne, l’UE se désengage une nouvelle fois d’un secteur industriel dans lequel elle disposait d’un grand savoir-faire et d’un réel avantage compétitif (l’automobile en est un autre exemple et ça ne s’arrête malheureusement pas là).

C’est aussi débilitant pour l’Europe du point de vue géopolitique car son désamour pour le nucléaire civil profite aux Russes, aux Chinois et aux Américains qui développent des centrales nucléaires de toute dernière génération et s’apprêtent à conquérir des marchés en Asie et en Afrique où les besoins potentiels en électricité sont, en raison de l’avancée économique de ces parties du monde, énormes.

En outre, mis à part le fait que les Etats-Unis procureront deux centrales nucléaires à la Roumanie, comment ne verrait-on pas pas le côté ironique, s’il n’était tragique, de ce que la Russie, qui déjà approvisionne l’Allemagne en gaz, fournira de l’électricité d’origine nucléaire à au moins deux pays de l’UE et de ce que la Chine construira et exploitera des centrales nucléaires au Royaume-Uni, elle qui intervient déjà pour beaucoup dans la fourniture de matériaux pour les éoliennes et les panneaux solaires si prisés dans l’UE (en tout cas par le gouvernement allemand et ses relais à la Commission européenne ; les citoyens, eux, semblent beaucoup moins séduits par le saccage des paysages et les nuisances qui en accompagnent l’installation !).

(A suivre.)

Energie, tout va changer demain ? – Analyser le passé, comprendre l’avenir, Samuel Furfari, 308 pages.

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(L’article ci-dessus a initialement été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 3994 du vendredi 30 juillet 2021.)

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1 commentaire

  1. Merci pour ce texte plein de bon sens…. et j’espère vraiment que nos responsables politiques voudront s’instruire et apprendront que le nucléaire de 4e génération donne l’énergie la plus propre, la plus durable, la moins dangereuse… la moins chère, ce qui n’est sans doute pas au goût de ceux qui gagnent des fortunes en installant des éoliennes?

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