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Science. Unsettled.

Science. Unsettled. Posted on 19 juin 20212 Commentaires

Une amie psychologue m’a confié que nombre de patients la consultent en raison de l’anxiété que provoquent chez eux les calamités climatiques dont nous serions menacés. Températures en hausse constante, fonte des glaces, crue des océans, inondations, tempêtes, sécheresses, incendies de forêt, autant de fléaux dont les humains seraient responsables ou, plus exactement, les gaz à effet de serre que produisent leur industrie et leur commerce et sans la suppression desquels, moyennant des changements drastiques à l’organisation de la société et de la vie sur terre, nous sommes condamnés à l’apocalypse.

The Science is settled. « Oui, il est vrai que le globe se réchauffe et les humains exercent certes une influence », concède Steven Koonin dans l’introduction de Unsettled, l’essai dans lequel il prend le contrepied du discours convenu sur le réchauffement climatique d’origine anthropique. « Mais au-delà de cela, ajoute-t-il, paraphrasant une réplique du film classique The Princess Bride, je ne pense pas que ‘The Science’ dise ce que vous pensez qu’elle dit. »

Le Dr Steven Koonin est un physicien et l’un des scientifiques les plus éminents des Etats-Unis. Il est membre de l’Académie nationale des sciences et une voix influente en matière de politique scientifique. Professeur à la New York University, il est titulaire de chaires à la Stern School of Business, la Tandon School of Engineering et au département de physique. Il a servi en qualité de sous-secrétaire pour la science au département US de l’énergie sous le président Obama, avec dans ses responsabilités ministérielles le programme de recherche sur le climat et la stratégie en matière de technologie de l’énergie.

Lui-même se définit comme un scientifique : « Je travaille, explique-t-il, pour comprendre le monde à partir de mesures et d’observations et partager en toute clarté tout à la fois ce que cela a d’excitant et ce que cela implique. » En ce qui touche le climat, cela revient à ce que la science est insuffisante pour formuler des prévisions valables sur ses évolutions dans les prochaines décennies et plus encore quant à prédire les effets que nos actions pourraient avoir sur lesdites évolutions.

Code du silence

Sans doute la vocation « militante » de Steven Koonin est-elle née de ce qu’à la suite d’une lettre ouverte dans le Wall Street Journal dans lequel il exprima son étonnement à l’égard de maints arguments ex cathedra utilisés sans guère de fondement scientifique dans le débat sur le climat, l’un de ses contradicteurs, fervent défenseur de ce que la science serait établie en la matière, avait commencé en guise de réponse par suggérer à l’Université de New York de le virer de son personnel académique, pour, par la suite, déformer certains de ses propos et, enfin, de manière déconcertante, reconnaître qu’il avait raison mais qu’il avait tort d’avoir raison car il avait, en quelque sorte, rompu l’omerta, le code du silence.

Sa fonction dans l’administration du président Obama en témoigne et il le confesse bien volontiers, Steven Koonin se sent proche des démocrates. Sans doute est-il ainsi d’autant plus sensible à ce que ce sont surtout ceux-ci qui aient cédé à l’alarmisme climatique. Ce thème a dominé les primaires de l’élection présidentielle de 2020, les candidats démocrates se surpassant les uns les autres dans les exagérations de plus en plus hors de propos par rapport à la science au sujet de « l’urgence » et de « la crise » du climat et dans les plans, tels que le Green New Deal, pour lutter contre le changement climatique à coup d’interventions gouvernementales et de milliards de dollars de subsides.

Sans surprise, l’administration Biden a fait du climat et de l’énergie ses priorités. Elle se propose de dépenser deux mille milliards de dollars pour combattre cette « menace existentielle pour l’avenir de l’humanité ». Et les médias s’en donnent à coeur joie, quitte à ne pas revenir sur leurs prédictions funestes après qu’elles ont été contredites par les faits. L’auteur en donne quelques exemples.

Ce qui, plus encore que les ratiocinations des politiciens et les fantasmagories des médias, déplait au scientifique qu’est le Pr Koonin, c’est que la science du climat souffre de ce que des confrères, dans un parti-pris de persuader plutôt que d’informer, dénaturent la présentation des observations et des données, ou les privent d’un contexte essentiel, ou suppriment celles qui ne conviennent pas.

Hubris scientifique

« C’est, s’insurge-t-il, le comble de l’orgueil pour un scientifique ne serait-ce que d’envisager de déformer délibérément les faits afin d’influencer des discussions de nature politique en fonction de ce qu’il croit être éthique. » La question de trancher entre ce qui est efficace et ce qui est honnête ne devrait même pas se poser. Si des scientifiques n’arrivent pas à faire abstraction de leurs propres croyances et idées, cela obscurcit le caractère de leurs recherches qui n’ont plus de scientifique que l’apparence.

Les connaissances et les inconnues de la science du climat ont fait beaucoup trop peu l’objet de discussions publiques sérieuses, estime Steven Koonin, lequel ne s’en étonne pas étant donné le ton de la rhétorique à ce sujet. Il en prend comme exemple le discours dans lequel l’ancien secrétaire d’État John Kerry (aujourd’hui l’envoyé spécial pour le climat de l’administration Biden) avait à l’époque comparé le changement climatique causé par l’homme aux armes de destruction massive et affirmé : « La science est sans équivoque… Le président Obama et moi sommes résolument d’avis que nous n’avons pas de temps pour une réunion de ceux qui soutiennent que la Terre est plate. »

Unsettled de Steven Koonin, à peine paru en mai, est déjà épuisé en version papier et uniquement disponible au format électronique, en anglais. Il n’en existe pas encore de version française. C’est une indication supplémentaire de ce que la science du climat n’est pas établie pour tout le monde. Puissent les uns s’en réjouir et les autres s’en rasséréner. Quant à ceux qui s’en servent pour avancer leurs propres intérêts… Nous y reviendrons dans le prochain article de cette chronique.

Unsettled, What climate science tells us, what it doesn’t, and why it matters, Steven E. Koonin, 240 pages, BenBella Books, Inc., Dallas (Texas).

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(L’article ci-dessus a initialement été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 3987 du vendredi 11 juin 2021.)

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2 commentaires

  1. Hubris des scientifiques? Je dirais plutôt connerie et peur de se faire virer…. et je nous vois de plus en plus en « 1984 »…. sans sa violence, certes, mais avec des médias bien plus performants que les maltraitances subies par Winston.
    PS. Je vois de près ce que l’enseignement est devenu et ne suis pas étonnée d’entendre un neveu prof d’univ., scientifique, me sortir: « C’est vrai, il y a consensus à ce sujet »

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