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Wanhoop in de Wetstraat (2) : La particratie poussée à son paroxysme

Wanhoop in de Wetstraat (2) : La particratie poussée à son paroxysme Posted on 29 octobre 20221 Comment

Au risque de plonger ses nombreux lecteurs dans un désespoir encore plus profond, cette chronique poursuit cette semaine dans un esprit de salubrité démocratique, sa recension de Wanhoop in de Wetstraat, le livre événement du journaliste de la VRT Ivan De Vadder, paru chez Ertsberg.

Le constat central de l’auteur est qu’après trois décennies de rafistolage depuis le « Zwarte Zondag » du 24 novembre 1991, lorsque le Vlaams Blok fit sa percée à la Chambre avec 12 sièges, le fossé (dénoncé dans les Burgermanifesten – les manifestes du citoyen – de l’époque) entre le politique et le citoyen n’a pas été comblé, mais, au contraire, s’est creusé. Et pour cause !

Comment en serait-il autrement dès lors que, comme signalé dans la première partie de la recension, le rôle des électeurs se limite à déterminer le nombre de sièges alloués aux différents partis, lesquels désignent qui les occupent ? Les électeurs ne sont pas dupes : alors que le vote est obligatoire aux élections fédérales, ils n’ont jamais été aussi nombreux à ne pas se présenter ou à voter blanc ou nul.

Particratie à tous les étages

Les vices de la particratie ne s’arrêtent pas à cet aspect, pour peu négligeable qu’il soit. Ils résident aussi dans l’omnipotence des présidents des partis et dans le financement et le fonctionnement de ces derniers. C’est à se demander si on vit encore en Belgique en démocratie représentative et dans un état de droit.

En bref, les présidents de parti supervisent tout et décident de tout, à tous les niveaux (ils n’hésitent pas à interférer dans le travail de leurs ministres et de leurs parlementaires et ils tiennent les cordons de la bourse du parti). Et, le petit monde politique, en un singulier colloque singulier – la rencontre d’une confiance et d’une conscience comme on dit dans le monde médical – décide en unique ressort de son financement avec l’argent public.

Faut-il ajouter que ledit petit monde sait se montrer généreux, de plus en plus généreux même, à son propre égard – ou, du moins, des partis – avec l’argent des autres ? Le pot commun est passé de 1971 à 2012, de 144.533 € à 65,81 millions € (chiffres cités par l’auteur) – en 40 ans, il a été multiplié par 400. Excusez du peu. En outre, cela érige des barrières à l’entrée sur le marché électoral, lesquelles empêchent l’éclosion de nouveaux partis, et cela favorise l’inertie. Les partis établis se préoccupent d’abord ne pas perdre des électeurs, avant de tenter d’en gagner de nouveaux en sortant des sentiers battus et des idées rebattues.

La discipline de parti qui pèse telle une chape de plomb sur les heureux élus fait le reste. Siéger est un job lucratif et peinard et aucun diplôme n’est requis. Ceux qui se retrouvent à une place éligible sur une liste sont assurés d’un emploi avec un revenu confortable et ils n’ont même pas besoin d’investir dans cet emploi, c’est le parti qui s’en charge. Le tout est d’obtenir cette place. A partir de là, observe Ivan De Vadder, c’est du pain béni. Ce serait franchement bête d’aller mordre la main providentielle, en fait présidentielle, qui vous nourrit.

Particratie, sac à malice

Le politologue Bart Maddens, professeur à la faculté des sciences sociales de la KU Leuven et co-auteur d’un livre intitulé De prijs van politiek, estime que le financement des partis prend le mauvais chemin. Ils nagent dans l’argent public et deviennent des affaires financières et immobilières qui n’auront bientôt plus besoin d’électeurs pour tourner, des partis rentiers. Mieux vaut quand même garder quelques élus car cela permet d’avoir à disposition du personnel à bon compte, à savoir celui censé travailler pour les groupes parlementaires, un phénomène qu’Ivan De Vadder qualifie de « particratie ten top gedreven », la particratie poussée à son paroxysme.

Dans son livre paru en 2014, De trukendoos van de Belgische particratie. Een Europese schande, le politologue et professeur émérite de la KUL Wilfried Dewachter se montrait encore plus tranchant : en Belgique, les partis politiques jouent un rôle prépondérant, or il n’y a pas un mot à leur sujet dans la Constitution. Ils n’ont même pas d’existence légale puisqu’ils ne disposent pas de la personnalité juridique. Ce sont des associations de fait, inattaquables sur le plan juridique. Ce sont pourtant leurs présidents qui décident de qui siège au parlement, qui fait partie du gouvernement et quelle en sera la politique. Le moyen de combler le fossé entre le politique et le citoyen ? N’hésitez pas à en parler à votre président de parti préféré.

Wanhoop in de Wetstraat, Ivan De Vadder, 288 pages, Ertsberg.

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(Cet article a paru dans l’hebdo satirique PAN n° 4059 du mercredi 26 octobre 2022.)

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1 commentaire

  1. MERCI pour ce texte clair et …. qui devrait effectivement secouer tous les « braves gens » encore convaincus de l’intérêt des partis politiques. Ils n’ont manifestement pas d’autre intérêt que le FRIC obtenu dans le respect de « la discipline de parti »…..

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