Surendettement public et débat électoral : le cas de la Belgique

Tous les membres du Gouvernement fédéral belge ont-ils lu le rapport concernant la Belgique, publié sur le site Internet du FMI, de son Conseil d’administration, présidé par Christine Lagarde, l’ancienne Ministre française de l’Economie, des Finances et de l’Emploi ?

« La forte position financière du secteur privé non-financier et l’intégration économique avec l’Allemagne ont amorti l’impact de la crise, mais la reprise après la période de stagnation de 2012-2013 a été lente » : c’est par ce constat que commence le rapport du FMI. La consommation privée et l’investissement devraient, prédit-il, répondre favorablement à l’amélioration de facteurs externes et générer une croissance de l’ordre d’un pour cent. Ce taux de croissance reste toutefois insuffisant quant à réduire le taux de chômage. Secteur privé non-financier, intégration économique, facteurs externes: il n’est nullement question des effets d’un quelconque plan des pouvoirs publics.

En effet, malgré sa résistance, l’économie belge a perdu en compétitivité depuis 2005 par rapport à ses pairs en raison d’une augmentation des coûts salariaux et d’une moindre productivité. Certes, dit encore le FMI, le Gouvernement belge a pris certaines mesures en vue de réduire l’écart salarial par rapport aux trois principaux partenaires commerciaux de la Belgique (Allemagne, France, Pays-Bas) et de réformer les allocations de chômage, de retraite et de pré-retraite, mais il reste de la place pour réformer plus en avant et en profondeur les marchés du travail et de l’offre. Ce n’est donc pas un bulletin de victoire qui est adressé au Gouvernement belge.

Constatant l’importance des défis qui subsistent, notamment en ce qui concerne le vieillissement de la population et le besoin d’investissements productifs, le FMI en appelle à une stratégie globale faite de réformes structurelles visant à surmonter les obstacles à une croissance soutenue, la détérioration de la compétitivité sur les marchés extérieurs, les taux de chômage élevés persistants en résultant et les risques liés au service et au remboursement de la dette publique (supérieure à 100% du PIB pour la dette nominale et plus de six fois le PIB pour la dette implicite – voir un article précédent de cette chronique).

Concrètement, et sans doute est-ce ici qu’il faut se demander si l’ensemble de la classe dirigeante politique belge a bien lu le rapport en question jusqu’au bout, outre une diminution des coûts de l’énergie et un allègement règlementaire, le FMI recommande aussi que les salaires reflètent plus adéquatement l’évolution de la productivité ainsi que la situation interne et externe du marché du travail et que l’on promeuve mobilité et adaptabilité du travail afin d’accroître le taux d’occupation.

Répétons-le : la mise en place du statut unique employés-ouvriers constitue en matière de relance de l’emploi un ratage exemplaire. En effet, cette mise en place s’est assortie de nouvelles contraintes pour les entreprises belges qui sont pourtant déjà pénalisées par rapport à leurs concurrentes européennes par une indexation automatique des salaires que la Belgique est le seul pays européen à appliquer. Il faut ne jamais avoir dirigé une entreprise privée pour ne pas admettre que de nouvelles contraintes constituent autant de freins supplémentaires à l’embauche. Ces contraintes profitent-elles à ceux qu’elles sont censées protéger et, dans le cas contraire, à qui profitent-elles ?

Que le survol de Bruxelles par les avions soit devenu un « enjeu électoral majeur » (Le Soir, 11.04.2014) pour la classe dirigeante en vue des prochaines élections législatives en Belgique et qu’il occulte tout débat véritable sur les défis économiques et sociaux auxquels est confronté le pays dénote une fois de plus le surréalisme dont est empreint le débat public en Belgique. L’initiative et la responsabilité qui devraient prévaloir dans les domaines économique, politique et social, ce ne sont pas les rengaines marxistes-léninistes que ressassent les uns et les slogans à l’emporte-pièce qu’assènent d’autres, la haine sociale et le marketing politique, qui peuvent en tenir lieu et apporter une solution au problème du surendettement public.

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