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Attention, bastion démocratique en danger !

Attention, bastion démocratique en danger ! Posted on 23 avril 20221 Comment

Le titre est celui de l’introduction de Jean-Baptiste Rivoire à son essai L’Elysée (et les oligarques) contre l’info, un compte-rendu de quelque 400 pages de l’enquête qu’il a menée pendant trois ans sur les liens entre le pouvoir politique et les médias français dont les principaux sont contrôlés par une demi-douzaine de magnats de l’industrie et des affaires.

Elu avec leur soutien, le président jupitérien s’en était pris à Radio France et à France Télévisions : « L’audiovisuel public français, je vais vous dire ce que je pense très profondément, est une honte. » Le secteur privé accomplit-il mieux sa tâche ? A chacun de juger.

Patrick Le Lay, l’ancien PDG de TF1 (l’ancienne ORTF qui a été privatisée et appartient désormais au conglomérat Bouygues, fondé en 1952 par Francis et dirigé par son fils Martin), la définissait comme suit : « C’est aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est à dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Est-ce là le sens véritable du slogan maison : « Partageons des ondes positives » ?

L’info dévoyée

Journaliste d’investigation engagé dans la défense de l’information, Jean-Baptiste Rivoire est bien placé pour parler de son sujet. Il a été chef adjoint de Spécial investigation sur Canal Plus et a fondé Off Investigation, un site Internet destiné à promouvoir l’info indépendante. Son livre se lit comme un roman policier, si ce n’est que les faits et les personnages qu’il évoque, ces derniers nommément, ne sont pas fictifs mais bien réels et que quand la police y intervient c’est bien de ses services qu’il s’agit, si ce n’est, parfois, d’individus qui en usurpent les prérogatives.

Personne ne s’y trompe, selon l’auteur. Ce sont des émissions telles qu’Envoyé spécial, Complément d’enquête, Cash investigation ou Pièces à conviction qui ont contribué à révéler le Penelopegate, l’affaire dite Bygmalion des comptes de la campagne présidentielle de 2012 et, plus tard, les affaires politico-judiciaires (usurpation de la fonction de policier, détention et usage irréguliers de passeports diplomatiques, etc.) médiatisées sous le nom d’un chargé de mission auprès du président de la République et coordinateur de différents services lors de ses déplacements officiels et privés.

Les magazines d’information de France Télévisions, autant que Le Monde, Le Canard enchaîné et Mediapart, ont, constate-t-il, bousculé la République en en dévoilant des dysfonctionnements ainsi que les « pratiques contestables » de quelques patrons du CAC40 puissants propriétaires de presse qui, en 2017, ont soutenu le futur président de la République. « Il ne fait guère de doute, estime-t-il, que derrière le coup de gueule du locataire de l’Élysée se cachait la volonté d’étouffer ce travail embarrassant ses puissants soutiens, comme ses prédécesseurs avaient tenté avant lui de le faire. »

Jean-Baptiste Rivoire y perçoit un dévoiement démocratique amorcé sous la présidence de Jacques Chirac, entretenu par les deux présidents qui lui ont succédé et poussé « jusqu’à la caricature » par l’actuel, lequel est qualifié d’auteur d’un « braquage » inédit sur la vie politique française et qui se fit lui aussi conseiller par celle considérée comme la « papesse » de la presse people, dite Mamarazzi, alias Mimi, l’une des protagonistes haute en couleur du récit. Elle avait déjà conseillé l’un de ses prédécesseurs. Il est des constantes.

Une dérive autoritaire

La France est-elle victime d’une dérive autoritaire ? Tout pouvoir est une conspiration permanente, écrivit Honoré de Balzac à propos de Catherine de Médicis, et le pouvoir sans abus perd le charme, enchérit Paul Valéry.

Jean-Baptiste Rivoire reproche en tout premier lieu à l’actuel occupant de l’Élysée, ancien banquier d’affaires, d’avoir favorisé la prise en compte d’une revendication des milieux de la haute finance et de la grande industrie en matière de « secret des affaires », à savoir de rendre pénalement punissable la divulgation d’informations que les entreprises concernées jugent elles-mêmes confidentielles. En fait, il s’agirait, selon l’auteur, d’éviter que des cadres de ces entreprises n’en dénoncent des pratiques éventuellement contestables et que des lanceurs d’alerte ou des journalistes ne s’y intéressent.

Ne faut-il pas y voir une atteinte au droit reconnu par la Déclaration des droits de l’homme de 1789 de libre communication des pensées et opinions et à la liberté affirmée des citoyens reconnue par la Convention européenne des droits de l’homme « de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière »  ? Ce serait d’autant moins anodin que la déclaration de patrimoine de l’ancien ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, dont les revenus comme banquier d’affaires ont été estimés à plusieurs millions d’euros, a posé question.

C’est dans le même sens que Rivoire reproche à l’occupant du « palais des fake news » (il en donne des exemples) d’avoir en toute hypocrisie plaidé à Souillac le 18 janvier 2019 pour « une hygiène démocratique de la liberté de l’information ». « Il faut aller vers une levée progressive de l’anonymat [sur Internet], précise le président de la République, des processus où on sait distinguer le vrai du faux, savoir d’où les gens parlent et pourquoi ils disent les choses. » Qu’en est-il des informations mensongères fabriquées par des officines du pouvoir ?

« Est-ce que désormais il va y avoir une vérité officielle ? », s’est inquiété un député, qui ajouta : « Lorsque le pouvoir commence à définir la vérité, je trouve que la démocratie est quelque part en danger. »

L’Élysée (et les oligarques) contre l’info, Jean-Baptiste Rivoire, Editions Les Liens qui Libèrent, 402 pages.

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(Cet article a été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4031 du mercredi 13 avril 2022.)

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1 commentaire

  1. Un contrôle démocratique de la liberté d’expression se doit d’être rigoureux dans notre espace de libertés très ouvert et particulièrement favorable à toute initiative constructive. Toutefois, il importe que ce contrôle ne se laisse pas dévoyer à des fins malfaisantes, par les adversaires de notre démocratie !

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