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Dieu, la science, les preuves

Dieu, la science, les preuves Posted on 8 octobre 20222 Commentaires

Il n’appartient à l’auteur de cette recension de convertir ses lecteurs à l’existence de Dieu. Michel-Yves Bolloré (un ingénieur de formation qui dirigea pendant quelques années la branche industrielle du groupe éponyme) et Olivier Bonnassies (un entrepreneur multirécidiviste qui s’est notamment formé à la théologie à l’Institut catholique de Paris) manifestent moins de réserve. Ils se proposent bel et bien, après trois ans de recherches qu’ils disent avoir menées avec une vingtaine de spécialistes, de vous révéler au fil des 580 pages de Dieu, la science, les preuves les preuves de l’existence de Dieu.

L’exercice est considérable et méritoire, ne serait-ce qu’en tant que vulgarisation de l’état actuel de la science. L’astronome américain Robert W. Wilson, prix Nobel de physique 1978 avec Arno Allan Penzias pour leur découverte en 1964 du rayonnement de fond cosmologique, écho du Big Bang, en convient dans sa préface : « Ce livre est une très bonne présentation du développement de la théorie du Big Bang et de son impact sur nos croyances et notre représentation du monde. »

S’il reconnaît qu’il y a accord entre la théorie du Big Bang comme représentation de la façon dont l’Univers a commencé et l’observation de son développement, il tempère néanmoins l’enthousiasme. Il y voit deux problèmes : le premier est notre connaissance infime (4%) de la matière et de l’énergie de l’Univers et, en particulier, de la matière noire et de l’énergie noire qui représentent environ 26% et 70% respectivement de ce qu’il contient ; le second est posé par l’inflation cosmique qui appelle à une physique autre que celle que nous connaissons et repousse d’un niveau la question de l’origine de l’Univers.

Théorie et réalité

S’agissant des preuves que la science avancerait en ce qui concerne l’existence de Dieu ou la thèse quasi-contraire, la stricte matérialité de l’Univers, les deux auteurs balisent aussi les ardeurs.

Si, rappellent-ils, dans le domaine théorique un raisonnement juste à partir de données justes aboutit nécessairement à une conclusion juste (le théorème selon lequel xn + yn = zn est impossible si n ≥ 3, par exemple), dans le domaine réel il n’en va pas nécessairement de même. Pour être sûr d’arriver à une conclusion exacte et définitive, il nous faudrait disposer de tous les paramètres de la réalité qui interviennent dans le problème et, quand bien même y parviendrions-nous, la masse des données serait sans doute trop importante pour que l’on puisse les prendre toutes en compte.

Les deux théories mutuellement exclusives auxquelles nous sommes confrontés en ce qui concerne l’Univers, l’une soutenant sa stricte matérialité, l’autre postulant une transcendance sous la forme d’une puissance créatrice, ne sont ni modélisables, ni expérimentables. Leur bien-fondé ne peut être analysé – « établi », écrivent les auteurs – qu’en examinant leurs nombreuses implications.

Alors que jusqu’à la fin du XIXe siècle on a pu considérer que la science nous éloignait de Dieu, se sont accumulées au XXe siècle les découvertes qui semblent nous rapprocher de l’hypothèse de son existence : l’entropie et la mort thermique prévisible de l’Univers, son commencement, son réglage fin, le principe anthropique, la complexité du vivant et l’improbabilité statistique incommensurable du passage de l’inerte au vivant.

Les auteurs y voient « un faisceau de preuves convergentes à la fois nombreuses, rationnelles et provenant de champs de savoir différents et indépendants » jetant « un éclairage neuf et peut-être décisif » sur la question a priori binaire : « Dieu existe-t-il ou n’existe-t-il pas ? »

Big Bang et cause première

Leur argument tient en ce qui suit : dès lors que l’Univers se consume à une vitesse observable, il est condamné à une fin et il ne peut être infini. S’il existait depuis « toujours », il se serait épuisé depuis longtemps (car « Infini – T = Infini »), ce qui implique qu’il y ait eu un début absolu correspondant à un minimum d’entropie (c’est à dire un ordre maximum) et à un réglage extrêmement fin. Or, s’il y a un commencement temporel (associé à la création de l’espace et de la matière), il faut une cause première (ni temporelle, ni spatiale, ni matérielle) qui le précède.

Ce n’est qu’en 1964 que deux ingénieurs des laboratoires Bell, Robert W. Wilson et Arno Penzias, découvrirent par hasard le rayonnement fossile cosmologique qu’avaient prédit Georges Lemaître en 1927 et George Gamow en 1948, l’écho du Big Bang, « l’événement le plus cataclysmique que nous puissions imaginer et qui apparaît, comme le dit George Smoot, prix Nobel de physique 2006, à y regarder de plus près, comme finement orchestré », sur la base de quelques dizaines de constantes dont le changement d’une seule lointaine décimale dans l’une d’entre elles, par exemple la constante gravitationnelle (6,673 84×10−11 m3kg−1s−2), ferait que nous ne serions pas là pour en parler.

Dieu, la science, les preuves, Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, 580 pages, Guy Trédaniel Editeur.

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(Cette recension a été publiée dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4056 du mercredi 5 octobre 2022.)

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2 commentaires

  1. Pourquoi inventer « Dieu » quand il n’y a pas (encore) de réponse à une question? Il s’agit sûrement d’un besoin de l’être humain qui ne peut accepter son peu d’importance dans l’univers….

  2. Si, actuellement, tout porterait donc à croire en l’existence d’un impérieux réglage fin et d’une improbabilité statistique incommensurable du passage de l’inerte au vivant (je cite), cela signifie-t-il obligatoirement qu’une cause (Cause ?) unique (que l’on appellerait « Dieu ») est à l’origine de ce qui est ?

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