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Entre néolibéralisme et Etat, un choix politique

Entre néolibéralisme et Etat, un choix politique Posted on 10 février 2024Laisser un commentaire

Le titre de cet article correspond au sous-titre du dernier opus de Bruno Colmant sur La monnaie, et pour cause : ce choix politique en est le thème central. Cette chronique a déjà dénoncé le caractère fourre-tout du concept de néolibéralisme dont les adversaires du libéralisme usent et abusent pour éventer leurs frustrations sur le plan économique, politique ou social. Colmant a l’honnêteté d’en proposer une définition qui permette de savoir de quoi il parle quand il parle de néolibéralisme. Il le conçoit comme « une idéologie économique qui promeut la liberté des individus et des entreprises, la concurrence et le marché libre étant considérés comme les forces les plus efficaces pour atteindre la prospérité et la croissance économique ».

Capitalisme et « Etats-stratèges »

C’est limiter le champ de l’analyse à l’économique et ignorer les aspects philosophiques et politiques du libéralisme, tout en se réservant de revenir au plan éthique et moral par le biais économique pour critiquer les inégalités et les fractures, sociales et écologiques. Les anti-capitalistes à tous crins se régalent. Confrontons-les : qu’est ce que le capitalisme ? Le dictionnaire Le Robert le définit comme suit : « Régime économique et social dans lequel les capitaux, source de revenu, les moyens de production et d’échange appartiennent, en règle générale, à des personnes privées. » Que le boucher, le boulanger, le crémier, le libraire et tant d’autres artisans, commerçants et indépendants soient de vils capitalistes a un côté plutôt rassurant dans la perspective de se nourrir, s’informer, s’équiper, se soigner, mais soit !

Le reste est affaire de dimensions : tant en droit américain qu’européen et apparemment même chinois des dispositions interdisent les abus de concurrence (la collusion, la position dominante). Que certains Etats rechignent à les appliquer à leurs propres méga-entreprises ou y ont recours de manière sélective n’empêchent pas que de telles dispositions existent. Et, que l’UE manifeste une propension à sévir à l’égard de méga-entreprises étrangères ne peut pas occulter le fait que les Magnificent Seven américaines – Apple, Alphabet (Google), Amazon, Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), Microsoft, Nvidia et Tesla – n’ont pas d’équivalente européenne alors qu’il en existe de comparables en Chine.

Colmant, nous l’avions vu, propose comme remède au trop-plein de néolibéralisme en Europe de réhabiliter les Etats-stratèges. Qu’est-ce ? Ce sont des Etats « intelligents, cohérents, démocratiques et au service d’un projet solidaire, sans tomber dans leur pire travers, une économie administrée ». Ces quarante dernières années, période de référence de la dérive néolibérale présupposée, il n’y a eu guère d’Etats, que ce soit en Amérique ou en Europe, qui, nous semble-t-il, se soient montrés particulièrement avisés – sinon ça se saurait – sauf à promouvoir les intérêts égoïstes, privilèges et prébendes de leurs agents. La gent politique aurait-elle cessé d’être médiocre et la démocratie, fût-elle le moins mauvais de tous les systèmes, de se prêter à ses turpitudes ?

La perspective d’un futur stable

A chaque crise, relève Colmant, la perspective d’un futur stable s’évanouit et l’espérance collective en souffre. Or, le « basculement néolibéral » suit la typologie anglo-saxonne d’une gouvernance de marché pragmatique, inductive (par opposition à déductive, notamment sur le plan du droit et de la jurisprudence) et désormais numérisée. A cet égard, Colmant parle d’un techno-féodalisme dans le chef d’entreprises qui visent à contrôler l’activité sociale de masse tout en échappant à la juridiction des Etats et en imposant une sorte de nouvel ordre institutionnel. Mais, les ONG qui ont infiltré les instances européennes ne cherchent-elles pas elles aussi à s’accaparer des leviers du pouvoir pour avancer leurs lubies et l’UE et les Etats européens pétris d’idéologie se préoccupent-ils mieux que ne le feraient les Etats-Unis du bien-être de leurs populations ?

Sauf à souffrir d’anti-américanisme viscéral, à traiter Trump de proto-fasciste et à s’inspirer de Mélenchon, il paraît présomptueux de l’affirmer, d’autant plus que, comme le concède Colmant, la vie économique aux Etats-Unis repose sur une confiance inébranlable en l’avenir. Redonner aux peuples européens confiance en leur maîtrise de leur avenir (la monnaie en est un instrument), n’est-ce pas la priorité qui s’impose à l’UE et aux Etats et, pour cela, comme l’écrit Colmant mais dans un tout autre ordre d’idées, « repenser la pensée et sortir de nos réflexes idéologiques » ?

La monnaie, Bruno Colmant, 306 pages, Fayard.

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(Cet article a paru dans l’hebdo satirique PAN n° 4126 du vendredi 9 février 2024.)

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