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La psychologie du totalitarisme (4 et fin) : « Das Wahre ist das Ganze »

La psychologie du totalitarisme (4 et fin) : « Das Wahre ist das Ganze » Posted on 18 septembre 20223 Commentaires

De psychologie van totalitarisme du professeur en psychologie clinique de l’université de Gand Mattias Desmet a paru offrir suffisamment de clefs de lecture pertinentes de l’actualité marquante de ces deux dernières décennies (le terrorisme, le climat, la pandémie) et de la société d’aujourd’hui pour que cette chronique consacre ses trois plus récents articles et ce dernier à son argumentation.

Mattias Desmet la développe principalement à partir de sa lecture d’Hannah Arendt (1906-1975), et en particulier de son œuvre phare, Les Origines du totalitarisme (1951), ainsi que de la Psychologie des foules (1895) du médecin, psychologue et sociologue français Gustave Le Bon (1841-1931).

Mais, s’il est un propos qui résume bien le sien, c’est celui de l’auteur américain Charles Eisenstein, diplômé en mathématiques et en philosophie de Yale, dans un essai, The Conspiracy Myth, paru sur charleseisenstein.org : « Events are indeed orchestrated in the direction of more and more control, only the orchestrating power is itself a zeitgeist, an ideology… a myth. »

A l’analyse, le totalitarisme, phénomène dynamique et complexe, relève de l’ordre des croyances et du mythe, emprunte à l’esprit du temps, et n’est pas le produit de la conspiration. Cela entraîne pour conséquence que la classe dirigeante n’en est que le notaire et que son remplacement ne résoudra pas la situation. Hannah Arendt en avait eu l’intuition. Mattias Desmet précise que tant la masse que les meneurs sont accaparés par la narration idéologique prégnante, la masse sous l’effet d’une sorte d’hypnose collective, les meneurs par autosuggestion – ils finissent par croire à leur propre bla-bla.

Desmet estime toutefois que, quand un phénomène de masse se produit, seuls 30 % de la population sont véritablement crédules ; une plus large tranche de la population (de 40 % à 60%) ne croit pas à la narration prévalente mais choisit de ne pas s’opposer ; 10 % à 30 % de la population résistent à l’emprise totalitaire. C’est plutôt une bonne nouvelle car, un système totalitaire dévorant ses propres enfants, se taire n’est pas une option, et ces pourcentages indiquent comment s’en sortir.

Tenter de reconvertir au bon sens ceux qui sont sous l’emprise de l’idéologie est peine perdue. C’est à ceux qu’elle n’a pas convaincus mais qui n’osent s’opposer qu’une argumentation contradictoire structurée et organisée doit s’adresser. D’un point de vue psychologique, cela comporte le double avantage de constituer un contre-poison par rapport à ce qui sous-tend le totalitarisme, à savoir un sentiment d’isolement et un relâchement des liens sociaux, et de resserrer les liens au sein même de la minorité réfractaire car c’est évidemment elle qui fera l’objet de la frustration et de l’agression de la masse militante.

« La première et principale tâche à l’encontre de la formation de masse et du totalitarisme, écrit Mattias Desmet, est de continuer à parler. Tout se tient ou se défait avec l’acte de parler. » Chacun doit s’efforcer de dire à sa façon, où que ce soit, sa part de vérité et contribuer à combattre le fléau qu’est le totalitarisme. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’un système totalitaire ne s’autodétruise, ajoute-t-il, c’est dans sa nature même qu’il en aille ainsi.

La crise du coronavirus

Nul doute que la crise du coronavirus ait inspiré la rédaction de l’essai de Mattias Desmet sur la psychologie du totalitarisme. Cette crise, dont il parle comme d’un Grand Bond en avant (référence à Mao et de même augure), présente toutes les facettes du phénomène qu’il dénonce comme étant l’aboutissement d’une vision mécaniste de la société : la propagation de l’angoisse collective face à la menace virale, le recours aux experts (qui finalement l’ont paru beaucoup moins, même dans leur propre domaine), la mise en place de législations d’exception (conférant des pouvoirs exorbitants au gouvernement, y compris en Belgique celui de suspendre les chambres législatives), les privations de libertés fondamentales, la pensée unique, etc.

Cette vision mécaniste de l’homme et de l’Univers les voit sous l’angle des sciences élémentaires (physique, chimie) suscitant l’illusion qu’ils sont réductibles à la connaissances de leurs particules mesurables dont le comportement serait prévisible, contrôlable, et pourrait donc être amélioré. Cela corrobore la pensée d’Hannah Arendt selon laquelle le totalitarisme serait le produit de la croyance en la toute puissance de la raison humaine, quoi qu’aient pensé de grands esprits (Einstein, Planck, Bertrand Russell, etc.) de ses limites épistémologiques. « Le vrai est le tout. » La citation dans le titre, reprise à Desmet, est de Hegel.

Mattias Desmet plaide pour que la hiérarchie traditionnelle des sciences (physique → chimie → biologie moléculaire, biochimie → anatomie, physiologie → psychologie → sociologie, politique, économie) fasse place à une conception circulaire de la connaissance, dans laquelle ses différentes parties s’enrichissent les unes les autres. Peut-être cela nous épargnerait-il le Grand Enfermement lors d’une prochaine épidémie et, aujourd’hui, les calembredaines des idéologues de la décroissance.

De psychologie van totalitarisme, Mattias Desmet, 272 pages, Pelckmans Uitgevers. (Première partie, deuxième partie et troisième partie de la recension via les liens.)

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(Cet article sur la psychologie du totalitarisme a été publié dans l’hebdomadaire satirique PAN n° 4052 du mercredi 7 septembre 2022.)

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3 commentaires

  1. S’il n’y a pas conspiration, je n’en dédouanerais pas pour autant les gouvernants, les parlementaires, les magistrats de justice et les scientifiques. A moins d’être crédules, ce qui les rendrait incompétents, ils feraient alors partie d’une majorité complaisante. Ce serait criminel au vu de leur fonction.
    Les meneurs pour la pandémie et le climat sont institutionnalisés, respectivement l’OMS et le GIEC au niveau international.

  2. Doit-on considérer que le totalitarisme en démocratie est l’effet de simples mythes et croyances, le négationniste ayant toujours raison vis-à-vis de la classe dirigeante? N’est-ce pas un peu simpliste ?
    Des déviations quant aux principes démocratiques sont certes évidents dans divers domaines, mais c’est à la démocratie d’y remédier sans s’aventurer dans une gestion anarchique conduite par des « experts » en tout genre !
    Par contre, la recherche de l’harmonie et du juste-milieu se doit de rentrer dans les objectifs prioritaires de la société, pour optimiser la qualité du vivre ensemble. Les antagonismes exacerbés n’apportent rien de positif.

  3. MERCI pour ce texte clair et vrai: le totalitarisme actuel ne peut effectivement être vaincu que par la parole de ceux qui comprennent et qui aident les autres à comprendre.

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